SCÈNE II. 3i
pour toi... Oh! prends la Bible, prions, chantons et lavons notre faute dans un torrent de larmes amères. Quand même les ténèbres chargeraient déjà nos yeux , il serait possible encore de nous sauver.
KUNTZ.
Oui,... crois- tu? Il est vrai, le pas est bien pénible ; je ne croyais pas faire jamais une telle épreuve.
Eh bien, prie...
KUNTZ.
Je ne prie plus depuis vingt-huit ans, depuis que le vieux est mort... Que ne pries- tu aussi pour moi ?
TRUDE
Va chercher la Bible. Dieu! que mon cœur est plein d'angoisse !
KUNTZ.
Je vais la descendre tout de suite. {Il prend la Bible qui se trouve sur une tablette au-dessus de la cheminée ; quand il la présente à Trude , il en tombe un papier. ) La voici !
TRUDE
Il vient d'en tomber un papier !
KUNTZ, ramassant le papier.
Il y a quelque chose d'écrit dessus. Fais voir. ( II lit le papier.) « Ce 24 février 1776, à minuit, mourut à l'âge de soixante-quatorze ans M. Christophe Kuruth, feu mon père, de... » Et puis il y a une grande
croix Regarde donc un peu la croix. Est-elle
assez grande pour couvrir la malédiction ?
3i8 LE VINGT-QUATRE FÉVRIER,
TRUDE
Oh ! le tressaillement de la mort s'empare de mes sens !
Quel quantième du mois est-ce donc aujourd'hui ?
TRUDE
Ce qui est fait est fait.
KUNTZ.
Montre-moi l'ordonnance du tribunal.
TRUDE, prenant 1 acte sur la laljle , et le donnant à Kuntz,
Oh ! prie celui qui efface tous les pe'chés !
KUNTZ.
Il est d'aujourd'hui '.{lisant la date) « Leuk, ce 24 février. » — C'est aujourd'hui l'anniversaire de sa mort, maintenant tout est clair pour moi.
TRUDE
Et pour moi.
KUNTZ.
Allons, e'coute ! — Ce soir, en revenant de Leuk, je gagnais le défile' delà montagne, qui, s'élevant toujours, tourne en zig-zag comme un serpent (4).
— Tu lésais, je suis homme, et ne crains jamais rien, la honte exceptée. De plus, j'ai fait ce chemin plus de mille fois, tant de jour que de nuit.
— Aujourd'hui pourtant, en descendant le long de ce mur de rochers qui n'avait pas de fin, j'ai ressenti,... comment dirai -je?... une inquiétude: toute ma vie se retraçait à moi comme une ran-