‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 180 sur 272 · SCÈNE IT. 3i · texte numérisé non relu

SCÈNE IT. 3i

gée d ecueils ; c'était comme une de ces gorges des Alpes, dont sans cesse je cherchais l'issue et ne la trouvais jamais. C'est ainsi qu'en rêve on fait péniblement beaucoup de pas, et l'on se retrouve couché. — C'est avec ce sentiment douloureux que je suis parvenu enfin au haut de la montagne ; j'ai alors regardé dans la vallée , elle était sombre comme ma conscience. — J'ai pris le sentier vers l'Orient, et levant les yeux j'ai vu soudain, dans un nuage mat et floconneux, le glacier duLammern tout près de moi ; avec son front couronné de frimats , il était comme feu mon père, quand il était assis là... {Montrant le fauteuil. )U était mort et bleu!... Mon cœur s'est ressouvenu aussitôt du 24 février. J'ai senti comme une hache de bourreau s'appesantir sur ma tête. Le nuage s'est éclairci et entrouvert tel qu'une fournaise pour m'engloutir. Voilà comme je suis parvenu en courant jusqu'au Daubensée, que j'ai trouvé tout glacé comme mon sang. Ma vie était presque consumée comme la lumière de ma lanterne. — Tout d'un coup, avec un cri bruyant, une corneille , de celles qui habitent les bords du lac, se jette sur ma lanterne, attirée sans doute par la flamme. Avec ses deux pâtes, elle se cramponne aux parois en poussant des cris pareils à ceux de mon père, prêt à succomber au combat de la mort; puis, avec son bec jaune de la couleur du manche de ce couteau... ( il montre le couteau pendu à la porte) elle frappe le verre de la lanterne : c'était un sifflement pareil au bruit d'une faux qu'on aiguise... Femme, pour la première fois de ma vie, j'ai tremblé comme un enfant.

32o LE VINGT-QUATRE FÉVRIER,

TRUDE

Cesse donc , tu me fais mourir de peur.

KUNTZ.

C'est alors que le souvenir de la malédiction paternelle a pénétre' jusqu'au plus profond de mon coeur. — Meurtrier! meurtrier!.. Et cette poule qui fit un meurtrier de notre fils, mon esprit l'a cru voir qui s'élevait dans les airs....

TRUDE

Laisse en paix l'enfer ; prions Dieu.

KUNTZ.

Non ; cet attentat me ferme le ciel. Terrible , épouvantable , la malédiction remplit cette maison réprouvée !

( On entend frappera la porte. ) TRUDE.

On frappe!....

KUNTZ.

C'est son esprit qui revient.

TRUDE

Cela paraît être un voyageur. Le laisserai -je entrer ?

KUNTZ.

Et fut-ce le diable en personne!... Que peut-il nous faire de plus? Ouvre toujours,

( Trude ouvre la porte. )

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