SCÈNE III
Les précédens , KURT en habit de voyage , et couvert de neige; il a une gibecière et un couteau de chasse au côté , une ceinture à mettre de l'argent autour du corps , et deux pistolets dans la ceinture ; il porte d'une main une lanterne prête à s'éteindre , et de l'autre un long bâton ferré dont on se sert pour gravir les Alpes.
KDRT.
Dieu vous protège !
KUNTZ.
Entrez toujours !
KURT
Voudriez-vous bien... ? ( A part. ) A peine puis-je modérer mes transports, et me défendre de les presser sur mon coeur souffrant.
KUNTZ.
Que faut-il que je veuille bien ?....
KURT
Voudriez-vous bien pour cette nuit m'accorder l'hospitalité chez vous?
KUNTZ.
Quant au gîte, très-volontiers;... et avec cela une botte de paille. Si vous voulez vous en contenter, vous pouvez rester.
KURT
Le voyageur oublie bientôt les fatigues de la
T/iiiiUre allemand. ~ i
marche , au coin d'un bon feu et dans un entretien
cordial.
Pour l'entretien cordial, très-volontiers. Monsieur est maître aussi de disposer de la cheminée; quant à du feu,... je ne puis vous en offrir, car je n'ai ni bois, ni pain, excepte' ce morceau à peine suffisant pour apaiser aujourd'hui la faim qui nous tue.
KURT, à part.
Que la misère de mes parens me de'chire le cœur ! que je voudrais me découvrir à eux!... Mais non, il faut les éprouver sans me faire connaître , et savoir s'ils ont retiré la malédiction prononcée sur moi.
TRDDi:, bas à Kuntz.
Il a l'air si bon ! . . . .
KUNTZ, de même.
Il a l'air, mais Test-il?
TRUDE , en secouant la neige qui couvre les habits de l'étranger.
Que vous êtes heureux, monsieur, de n'avoir point été enseveli par une avalanche ! Votre lumière est éteinte. Avez-vous ainsi monté, seul et la nuit, cette montagne?
KURT
Il faisait encore crépuscule; et puis je suis du pays , et habitué à gravir les Alpes les plus escarpées.
KUNTZ.
Un confédéré , un compatriote ? Soyez le bienvenu!
( Il lui pre'sente la main. )