‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 185 sur 272 · SCÈNE III. 3a · texte numérisé non relu

SCÈNE III. 3a

paraissez aussi bien agité ,... et comme si vous aviez votre part de malédiction ?

Pardonnez, le vin lui est monté à la tête.

KtHNTZ.

Avec ces cheveux devenus gris avant le temps , je suis encore un vigoureux compagnon ; je Tétais encore plus il y a quelques années. J'ai été soldat... A la guerre on n'entend pas raillerie. Je m'y suis comporté en brave , et j'ai fendu la tête à plus d'un ennemi. C'est pourquoi , lors de mon congé , le conseil de Berne me donna un certificat imprimé. — Mon père, Christophe Kuruth, (que Dieu lui accorde la paix! ) avait aussi le sang bouillant; il était propriétaire de cette auberge. — On me donna mon congé,... puis... Ne parlons pas de cela.

KURT

Ce verre, à la paix de l'âme de votre père !

KUNTZ.

Non.

TRUDE

Trinquons ! à l'expiation !

KUNTZ.

Femme, comment cela serait-il possible? chaque goutte serait pour moi brûlante comme le feu... Oui , monsieur, mon père m'était cher... Sans trembler, j'ai marché gaiement au-devant d'une grêle de balles; mais celui que frappe la malédiction, celuilà tremble !

33o LE VINGT-QUATRE FÉVRIER,

KURl.

Laissons cela.

KUNTZ.

Non,... il faut que vous en jugiez-vous-nième. Après que j'eus obtenu mon congé, feu mon père me prit dans sa maison , car la conduite dune hôtellerie lui devenait pénible. Moi, garçon de trente ans alors, tout plein de force et d'ardeur, je voulus m'associer une femme pour partager mes plaisirs et mes peines. Plusieurs partis m'étaient offerts. Mais un secret sentiment m'attirait toujours vers Trude, que vous voyez; elle était jolie, savait lire et écrire, et nous nous aimions bien. Son père était pasteur dans le canton de Berne; ces hommes de Dieu ne laissent après leur mort que leurs livres et des enfans. Elle était pauvre, moi je n'avais, pour ainsi dire, que feu et lieu. Devais-je la dédaigner, l'abandonner... parce qu'elle eut un moment de faiblesse?... Monsieur... quand on dit A, il faut bien aussi dire B. Bref, je me mariai.

TRUDE

Oui, et contre le gré de son père. Ah! cela m'a souvent bien tourmentée !

KUNTZ.

Oui, nous nous étions mariés en secret, sans qu'il en sût rien. Ah! monsieur, c'est ce qui m'a causé bien du chagrin. Mon père était un homme méchant, qui journellement nous querellait. Il la nommait la bâtarde du prêtre ; monsieur, cela me portait droit au cœur : celui qui insulte votre fem-

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