SCÈNE III
quillisez-vous ; d'ici à demain matin, Dieu peut vous prodiguer ses secours.
KUNTZ
Oui... prodiguer? demain? Dieu!... comment ?.. ou plutôt le diable !
Tu te tourmentes toujours.
KUNTZ.
Oui, je conserve toujours quelque doute. Vous tenez le milieu entre un sorcier et un prêtre , et je n'aime pas, monsieur, avoir affaire à l'un ni à l'autre.
KURT
Ah! père Kuntz!
KDNTZ.
C'est ainsi que l'on me nomme!... Tenez, votre vin est bon; mais, dites-moi : comment se fait-il que vous gravissiez à minuit ces montagnes ?
KURT
Ah! l'histoire de ma vie est aussi bien sombre.
KUNTZ;
J'en suis fâché... Vous êtes alors mon camarade.
KURT
Etant enfant, j'ai, comme votre fils, dans un instant malheureux , commis un meurtre.
KUNTZ.
Ho ! ho ! comment cela est- il arrivé?
34o LE VINGT-QUATRE FÉVRIER,
KURT
Ne rouvrez pas cette plaie du cœur,... déjà elle commence à saigner. Poursuivi par l'idée de ce crime , je pris la fuite; à Berne, j'entrai au service d'un monsieur , comme jockey... Sur ma bonne mine et en qualité de compatriote, il m'accorda toute sa confiance, quoiqu'il ne me connût pas... Il était capitaine dans ce régiment suisse auquel était réservée la terrible journée de Paris... Il quittait sa patrie à regret... Cependant le devoir l'appelait... Il fallait combattre pour le roi opprimé... Il partit, et il me fallut l'accompagner à Paris.
KUNTZ.
C'est là que tout devait être sens dessus dessous !...
KURT
Figurez -vous tous les glaciers des Alpes en mouvement , et qui , lancés les uns contre les autres , se précipitent dans les vallées, écrasent les bergers, qui ne pâlissent point , qui contemplent froidement et de près cette ruine épouvantable , et allument encore des feux de joie sur les bords des précipices entr'ou verts sous leurs pieds!... Retracez - vous ce tableau , et vous aurez vu Paris alors.
KUNTZ.
Vous avez donc vu périr nos confédérés, les gardes suisses , au combat des Tuileries ?
KURT
J'ai vu cette nuit qui a enfanté tant de malheurs ! C'était une nuit d'été; elle était sombre et sans