‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 191 sur 272 · SCÈNE IIJ · texte numérisé non relu

SCÈNE IIJ

KUNTZ, basa Trude.

Tu viens de l'entendre! ne dois -je pas ?...

KURT

Cependant , une faible lueur d'espérance venait de temps en temps après ce désespoir, et de même que la poule étend ses ailes sur sa couvée lorsque le vautour est prêt à se lancer sur elle, de même la grâce nous couvre de son bouclier protecteur contre les traits de la vengeance toujours active. J'étais toujours bercé par l'idée que je trouverais dans ma patrie la rémission de tous mes péchés J'entendais, dans un vague lointain , les lacs de la Suisse, et les cascades , me dire : Viens , viens donc !... Les fiers glaciers , voyant mes tourmens, semblaient me dire: Nous nous fondrons, viens!... Et les clochettes des troupeaux des Alpes semblaient sonner miraculeusement, et me dire: Nous sommes les enfans de la paix, nous t'annonçons la paix;... viens donc!... Mon étoile semblait me tracer le chemin du monde nouveau vers le vieux monde. C'est ainsi que je revins, pour surprendre agréablement mes parens , que je n'ai point vus depuis vingt ans... J'apporte avec moi bien des richesses du Nouveau- Monde... Je viens de laisser mon mulet à Kandersta'g , d'où on l'amènera demain ; alors , en fils repentant et fidèle , je veux tacher d'obtenir , au lieu de la malédiction, la bénédiction de mes parens... Et , dès demain , j'espère dans leurs bras commencer une nouvelle vie !

Kuolz se lève de table; Trude s'élail levée ue table avant lui, avail passé dans l« cabinet et arrangé le lit de paille ; elle rentre pendant le dialogue suivant. )

KUNTZ.

Où sont vos parens ?

KURT

Ici... à une lieue d'ici seulement.

KUNTZ.

Comment ! je ne savais pas cela ; je croyais jusqu'à présent qu'à trois lieues à la ronde on ne trouvait que des rochers nus. C'est bon. Vous m'avez l'air d'un singulier personnage; vous avez beaucoup voyagé dans le monde ; vous avez entendu parler nos lacs et nos cascades, et chanter nos glaciers. Oui, l'on apprend beaucoup en voyageant !

Durant votre séjour à Paris, vous avez peut-être entendu parler de notre fils?

KURT

Du pauvre Kurt-Kuruth !

KUNTZ, àpart.

Il sait aussi ce nom-là.

TRUDE

Il a été égorgé, il a été tué ; on dit qu'il est tombé victime de la terreur.

KURT, à part.

Je veux les mettre à l'épreuve. {Haut.) Oui, cette horde sauvage Fa égorgé ; il est tombé dans mes bras baigné dans son sang.

TRUDE

Oh! que n'est-il encore en vie! que je lui pardonnerais volontiers !

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