SCÈNE III
TRUDE, prenant le couteau qui est sur Ja taLle , et le mettant au clou à côlé de la
faux.
Je ne puis un moment oublier cet étranger.
KURT, seul dans le cabinet , se parlant à lui-même.
Me voilà donc clans la même maison et sous le même toit que celle qui m'a donné le jour! Oh! brise-toi en pièces , mon bâton de voyage ! et détourne-toi de moi, malédiction prononcée par la vengeance !
( Il se désbabille pendaut le dialogue suivant. ) K UN T Z , à Trude , qui regarde à travers une fente de la cloisou du cabinet.
Fi! écouter! N'as-tu pas honte, femme, daller écouter aux portes?
TRUDE
Maintenant il défait sa ceinture; il la met sur la table; elle est pleine et bien garnie.
KUNTZ.
Je crois que celui auquel il l'a prise n'a plus de maux de tête.
TRUDE
Que veux-tu dire ?
Va te coucher.
KURT, dans le cabinet.
C'est ce cabinet, petit et tranquille, où dans mon enfance j'étais bercé et endormi au son des cors des Alpes. Pourquoi ce songe doré m'a-t-il échappé?
TRUDE
Il parle tout seul; il est question d'or.
KUNTZ.
Va donc dormir.
TRUDE, se rapprochant de Kuntz.
Eh bien! j'y vais; ne te mets pas en colère. Ne viens-tu pas aussi?
KUNTZ.
Pas encore.
TRUDE
Il nous a parle' de notre fils,... et tant... et si souvent!...
kuntz.
Que Dieu me damne, femme! si tu ne te tais pas, je m'enfuis de la maison cette nuit même.
TRUDE
Kuntz!... Mon Dieu! que me vient-il à l'idée? S'il était le fils que nous croyons mort, s'il était revenu!... si c'était lui!... Il a toujours été cher à mon cœur maternel. Oh ! pardonne à la tendresse d'une mère !
Femme, foi de soldat, je perds patience ! Je crois que tu te moques de moi. N'as-tu pas lu toi-même, imprimé , que de tout le bataillon suisse dans lequel se trouvait Kurt , il n'est pas réchappé un homme ; que, dans cette nuit révolutionnaire, que ce menteur d'étranger dit avoir vue , ils ont tous été égorgés? Ce fils, déjà depuis long-temps dans la tombe , qu'il revienne ? C'est comme si notre père allait revenir et recommencer à menacer, à crier! Non , mon enfant; la mort est le prix de ses fautes :