‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 194 sur 272 · SCÈNE III. 3/[ç · texte numérisé non relu

SCÈNE III. 3/[ç

nul de ceux qui ont franchi le défilé de la mort n'en est encore revenu.

KURT, dans le cabinet.

Qu'est-ce donc qui m'a empêché de me découvrir aujourd'hui à eux? Nous étions et parlions si familièrement ensemble! J'aurais volontiers répandu mes larmes dans le sein paternel. Mais l'horreur de l'enfer paraissait élever entre nous une barrière insurmontable , et retenait l'aveu prêt à échapper de mes lèvres.

TRUDE, qui s'était jetée sur un lit de paille dans le fond, se relève à moitié sur son

séant.

Qui était-il, cet étranger ?

KUNTZ.

Un drôle, sûrement, qui n'a pas un cheveu de bon sur la tête.

TRUDE

Il a dit que ses parens demeuraient à une lieue d'ici.

Il en a menti; dans toutes les Alpes, à la ronde, pendant l'hiver surtout , personne n'y demeure que les hiboux et nous.

TRUDE

Il a tant de douceur!..

KUNTZ.

Oui, cela te paraît ainsi... N'as-tu pas remarqué sa démarche incertaine ? et ces yeux étincelans qu'il fixait sur nous? Moi, femme, qui ai été soldat, je dois m'y connaitre. Combien n'ai-je pas ren-

35o LE VINGT-QUATRE FÉVRIER,

contré de gens qui avaient du courage, qui se seraient précipités au-devant des balles même ; mais à leurs yeux menaçans, à leur démarche inquiète et vagabonde , on soupçonnait quelque chose.... C'est le malin esprit qui consumait ces gens-là ; ils étaient toujours agités, toujours courans.

TRDDE.

Il a laissé là son vin ; bois un coup , cela te réchauffera.

KUNTZ.

A sa félicité !

( Il se verse à boire , ce qu'il re'ilère fort souvenl dans le cours de la scène comme par distraction. )

T RU D E , étendue sur la paille; déjà à moitié endormie.

Que Dieu la lui accorde, au moment où l'âme et le corps se séparent.

( Elle s'endort. )

Je voudrais dire : Ainsi soit-il î mais depuis que j'ai commis l'action maudite, je ne le puis... Le pourrai-je jamais?

KURT, dans le cabinet.

Ne me laisse pas , ô Dieu de paix ! me perdre dans le tourbillon de mes idées ; plonge dans les ténèbres l'image du crime sanglant; laisse-moi conjurer l'esprit de ma sœur , qui dans ce moment peut-être jette sur moi un regard de pitié, et verse une douce rosée sur mon coeur glacé. Déjà la glace se fond ; Dieu soit béni! les larmes commencent à couler.

KUNTZ, regardant à la pendule.

Il est bientôt minuit! Demain lorsque l'aiguille

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