SCÈNE III. 35i
marquera midi, je ne serai plus; car demain matin... Ah ! comme les hiboux poussent des cris!... cela veut dire : Marche, Kuruth , jette-toi dans le lac !... C'est cependant singulier!... Cela doit-il donc absolument être ainsi?
TRUDE, rêvant profondément endormie.
Ah!...
KUNTZ.
Elle gémit, même là!.... Cette maison est une maison de malheur , où les crimes se succèdent , et sur laquelle pèse la malédiction de père en fils. Aucune créature ne saurait y sentir de la joie. Ce fier chasseur serait-il le seul? Il a de l'argent ; eh bien! qu'il le garde; j'ai son vin. Mais toi, ô vin! pourrais-tu me faire éviter l'eau?... L'éviter!... l'or du chasseur, voilà ce qui pourrait me sauver!... Non !.. Quel est ce nouveau démon qui vient de m'inspirer cette idée?
TRUDE, endormie.
« D'où vient que ton glaive est si rouge, Edouard? »
KUNÏZ.
Elle chante en dormant; c'est vraiment singulier de l'entendre.
TRUDE, de même.
« Je viens de tuer un vautour, avec mon giaive. »
KUNTZ.
Ceci m'effraie; elle respire difficilement, et avec peine ; elle est tourmentée par un mauvais rêve ; il faut que je l'éveille.
TRUDE, de même.
« C'est ce qui l'a rendu si rouge. »
KUNTZ, haut.
Trude!
TRUDE, se réveillant.
Quoi? qu'y a-t-il?
KUNTZ.
Qu'as-tu donc ?
TRUDE
Ah ! J'ai le cœur serré de douleur !
Tu viens de chanter en dormant.
TRUDE
Moi?
KUNTZ.
Oui; l'air du vautour tué.
TRUDE
Cet air me revient toute la journée à l'esprit.
KUNTZ.
N'est-ce pas ce vieil air dont le refrain est toujours :
« J'ai frappé mon père :
C'est ce qui a rendu mon glaive si rouge ,
Et c'est votre faute , à vous , ma mère. »
TRUDE
Oui, mon Dieu, oui.
KUNTZ.
Une vilaine chanson !