‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 196 sur 272 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

TRUDE

Viens donc te coucher,... j'ai peur.

KUNTZ.

Bientôt.

Eh bien ! je vais me lever. Je ne puis dormir paisiblement. Ah, Dieu! que la punition des péchés est terrible !

( Elle se lève en pleurant. ) KUNTZ.

Oui, la malédiction est une plante funeste.

KURT, dans le cabinet, se mettant à genoux pour prier Dieu.

Quand je serai à ma dernière heure, divin Jésus, alors ne m'abandonne pas : ouvre-moi les portes du ciel; et, en vertu de tes souffrances, délivre-moi des miennes, lorsque je serai sur le point de succomber.

(Il reste à genoux priant à voix basse. ) KUNTZ.

C'est bien une sotte chanson, que celle du glaive rouge ! C'est comme si une hache me tombait sur la nuque... J'ai froid.

TRUDE

Moi aussi.

KUNTZ.

C'est la fièvre... Je crois qu'il nous a ensorcelés, ce voleur d'or; si j'en étais sûr... il trouverait à qui parler!... A la guerre, à bien d'autres qu'à lui j'ai séparé la tête du tronc.

Théâtre Allemand. 20

TRUDE, effrayée.

Séparé la tête du tronc !

Tu as peur , je crois ?.. Penses-tu au testament de mon père ? Bah ! {Jetant un coup dœil sur la pendule.) Comme le balancier marche vite!.. J'ai froid, fais du feu.

TRUDE

Ai -je donc du bois?

KUNTZ.

Prends la faux; demain, nous n'aurons plus besoin de cet instrument de malheur... Depuis longtemps il a mérité le feu.

TRUDE

Il me prend un frisson toutes les fois que j'en approche.

(Elle décvochela faux , en met le manche en pièces, et en allume du feu dans la cheminée. )

KURT, qui jusifue-là avait été à genoux, se lève.

Je viens d'obtenir l'absolution de mes péchés ; le pressentiment s'accomplit; j'entends comme le son de la clochette des Alpes, qui me dit : La paix ;... voici la paix!... Déjà je sens le sommeil qui me gagne; je vais enfin reposer mes sens sous le toit paternel... Mon cor de berger a souvent été suspendu à cette cloison , voilà même le clou auquel je l'accrochais. Je me retrace encore les jours de mon enfance, où les mains délicates de ma petite soeur m'enlaçaient de guirlandes de roses des Alpes.

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