‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 197 sur 272 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Mais un effroi que je ne saurais apaiser vient me saisir au lieu même qui m'a vu naître.

( Il pend ses habits à un clou fixe' dans la cloison qui sépare le cabinet de la chambre ; celui-ci , n'étant pas assez fort, cède, et les habits tombent.)

KUNTZ.

Qu'est-ce qui vient de tomber ?

TRUDE

Je n'en sais rien

KUNTZ.

Je suis dans une étrange anxiété... Écoute, donnemoi la Bible.

( Trude apporte la Bible à Kuntz , et se rassied auprès du feu. ) KURT, dans le cabinet.

Ce clou ne veut plus supporter mes habits... Il est vrai qu'ils sont maintenant plus grands et plus lourds; viens, que je te redresse.

KUNTZ, lisant dans la Bible.

« La bénédiction des pères bâtit des maisons aux enfans, et la malédiction des mères les renverse. » — Ce n'est pas vrai... La bénédiction de la mère les bâtit seule; c'est la malédiction du père qui les abat.

(Kurt, pendant ce temps, a redresse' le clou et l'a replanté dans 1 » cloison, et il y attache ses habits; l'ébranlement causé à la cloison pendant cette opération fait tomber le couteau qui se trouvait accroché de l'autre côté : le couteau tombe aux pieds de Trudc. )

TRUDE, effrayée, accouraut vers Kuntz.

Ah!

KUNTZ, se levant de son fauteuil avec précipitation.

Un moment!... il me vient une idée.

TRUDE

C'est le couteau qui vient de tomber.

KUNTZ.

Cet homme n'a-t-il point dit qu'il e'tait un meurtrier ?

TRUDE

Non.

KURT , dans le cabinet , se disposant à se coucher.

Enfin donc, Dieu merci, me voilà arrivé au but que je m'étais proposé!... Mon domestique m'amène demain matin mon mulet bien chargé , que j'ai laissé au dernier village ; alors mon or m'ouvrira le paradis terrestre. (77 prend sa ceinture pleine d'argent, qu'il avait posée sur la table, et la met sous l'oreiller de son lit.) Viens, or chéri, c'est toi qui m'as donné la facilité de revenir, toi qui habites le fond des abîmes!... Je t'ai cependant acquis honnêtement; tu es la récompense de mes services fidèles. Je t'apporte du nouveau monde dans l'ancien, pour te déposer aux pieds de mes parens : alors que Dieu veuille bien nous donner à tous sa bénédiction! (Il s'étend sur le lit de paille. ) Je te salue , ô ma patrie !

( Il s'endort. I,a lumière de la lanterne qui est sur la table dans le cabinet s'éteint, j KUNTZ.

Il a dit... qu'il avait commis un meurtre!... Ah! un homme pareil est' un proscrit, et sa tête est mise à prix!... Chacun a le droit de le dépouiller, de le voler impunément, puisque les lois le permettent et même le commandent.

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