SCÈNE IX
IERTA ; EL VIRE , saisie du récit qu'elle vient d'entendre , reste appuye'e sur un fauteuil.
IERTA.
Qu'est-ce donc? Vos yeux se troublent... Qu'avez-vous ?
ELV1RE
Son re'cit m'a présenté ces horribles images ; j'ai cru les voir.
IERTA.
Pure exagération , ma chère ! celui qui a coupé un buisson en fait volontiers un grand arbre.
EL VIRE, soupirant dans une profonde rêverie.
Ah ! c'est un tigre dévorant !
IERTA, e'tonne'e.
Qui?
ELVIRE, toujours dans la même rêverie.
Hugo.
IERTA.
Rêvez-vous ?
ELVIRE, revenant à elle.
Oui, un rêve terrible de la première nuit de mon hymen se retraçait à ma pensée.
Hugo reposait sur mon sein ; il me sembla qu'un tigre fixait sur moi ses yeux étincelans ; je ne pouvais m'en éloigner. Dieu ! ce souvenir me glace en-
Théâlre Allemand. ih
core d'effroi; je baisais ses griffes et ses dents
sanglantes !
(Elle s'arrête épuise'e par la violence de ses émotions. ) IERTA.
Fantômes d'une imagination enflammée !
ELYIRE.
Oli ! ils n'ont que trop de vérité ! Dis-le toimême; OErindur ne devient-il pas tous les jours plus farouche, plus indomptable? Quand je l'entoure de mes bras, il me presse en frissonnant. C'est un tigre qu'il faut haïr ou aimer avec fureur. Quelquefois ilrepose doucement sur mon sein ; il soupire dans une douce ivresse ; ses regards implorent mes baisers : puis tout à coup il s'élance , il éclate en transports furieux : la terreur me saisit , et l'époux de mon choix me semble une bête féroce dont les caresses sanglantes donnent la mort. ( Après un silence , d'un ton solennel. ) Vierge innocente! que Dieu te garde de ces passions indomptables qui me précipitent et qui m'arrachent de ses bras !
( Elle sort. ) IERTA, la suivant des yeux.
Est-ce à cette fureur que les habitans de son pays donnent le nom d'amour? {Avec une émotion profonde.) Oh! pourquoi Hugo a-t-il quitté sa patrie ?