‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 218 sur 272 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

porte en moi la flamme et les torrens , la terre et le ciel, ( avec expression ) Dieu et le démon.

IERTA.

Vains prestiges d'une imagination troublée... Tu vis en effet la lumière sous le ciel brûlant de l'Espagne ; mais c'est parmi les héros du Nord que nos parens comptaient leurs aïeux.

HUGO, avec irréflexion.

Les tiens, mais non pas les miens.

IERTA, e'tonae'e.

Comment ?

HUGO, s'arrêtant un moment surpris d'en avoir dit plus qu'il n'en voulait dire , et continuant ensuite avec calme.

Pourquoi te cacherais-je encore le secret que ton père me dévoila, lorsque mortellement blessé, après trois jours de cruelles souffrances, il expira, chargé de lauriers , dans mes bras !

IERTA*

Ah ! que vas-tu m'apprendre ?

HUGO

Que je ne suis pas ton frère.

IERTA. Elle tombe sur un sie'ge en se couvrant le visage.

Oh ! malheur à moi î (Elle se relève avec vivacité.) Dieu ! pourquoi....?

HUGO

Qu'as-tu donc ?

IERTA, se remettant avec peine.

Rien... Continue.

HUGO

Edwin, comte d'OErindur, ton noble père, e'tait le dernier de sa maison ; ses Liens , re'compense de la valeur de ses ancêtres, attendaient un héritier qui sût manier la lance et guider un coursier. La nature trop lente n'accordait point de rejeton à cette race de héros. Enfin une espérance fut permise à ses vœux; mais la faible santé de la comtesse laissait craindre qu'une si tendre fleur ne fût brisée avant de donner des fruits. Les hommes de l'art, appelés à son aide, ordonnèrent les eaux des Pyrénées et le climat plus doux du Midi.

Une dame alliée à des princes hérétiques (c'est ainsi qu'on nous appelle dans les pays qu'elle allait parcourir), ne pouvait à cette époque voyager sous son nom : ta mère emprunta celui d'une amie allemande et catholique. Ainsi le nom d'Hugo , commun dans les familles allemandes, fut donné au fils qu'elle mit au monde en Espagne.

La faiblesse de l'enfant, tant de souffrances et de fatigues par lesquelles sa mère avait racheté sa vie, ne lui permirent pas un prompt retour. Pendant ce temps Edwin combattait pour sa patrie dans l'Orient : il conquit enfin la paix sur ses fiers ennemis; mais le bonheur qui l'attendait auprès de son épouse avait été retardé de trois années.

Hanna, ta mère, brûlait de placer dans ses bras l'enfant qui croissait doucement auprès d'elle; la destinée en avait autrement ordonné; ses espérances s'enveloppèrent dans un linceul.

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