‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 219 sur 272 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

IERTA, avec une profonde e'motiou.

Pauvre, pauvre mère !

HUGO

Une mère plus favorise'e du ciel vint à son secours , et offrit de lui donner son propre enfant, du même âge que celui d'Hanna. Ta mère, à demi consolée par l'espérance de cacher à Edwin la perte qu'ils avaient faite , accepta le présent de son amie, et lui jura de ne jamais révéler son nom.

IERTA.

Une mère a-t-elle fait un tel sacrifice?

HUGO, tristement.

Oui, ma mère l'a fait; c'est moi qui suis l'enfant abandonné, issu d'une maison espagnole dont j'ignore même le nom.

IERTA.

Et pourquoi chercher à connaître une famille qui compte de telles mères?

HUGO

Le comte Edwin conserva long-temps son erreur ; il me regarda comme son fils jusqu'au moment où tu vis le jour, 1er ta. Alors, instruit par ta mère du secret de ma naissance, il voulut cependant que je conservasse le nom qu'elle m'avait donné. Mais trop fier pour tromper son souverain, il lui découvrit tout après la mort de son épouse : en réponse il reçut un diplôme royal de la main même du monarque. Cet acte d'un pouvoir suprême destiné à demeurer secret était conçu en ces termes : « La

4io L'EXPIATION,

» maison d'OErindur, ce ferme appui de notre m trône, subsistera en dépit de la nature. Le der- » nier rejeton de celte race peut remettre en mou- » rant cet écrit à un héritier de son choix, sans cli- » stinction de sexe , et lui assurer ainsi la possession » de ses terres et de ses vassaux, comme s'il était » issu de son sang. »

Le comte Edwin à son lit de mort usa en ma faveur de ce privilège , et son présent me ravit le repos. L'instinct tout-puissant de la nature me chassait d'un pays où je n'avais pas de famille; il me poussait vers ces plaines dorées, dont les images effacées depuis par les tristes frimas de ma seconde patrie se ranimaient dans mes souvenirs^.

Je partis pour chercher mes parens; je trouvai Eivire , et long-temps après... je l'emmenai dans le Nord, où à son tour, agitée de la même inquiétude, elle soupire pour le Midi.

IERTA, avec un chagrin mêlé d'attendrissement.

Oh ! adieu les jours dorés du repos.

HUGO

Ierta, quel sujet t'agite ainsi?

IERTA.

Toi que je ne sais plus nommer, peux-tu me le demander? Pense aux jours de notre enfance, quand nous croissions l'un auprès de l'autre comme deux fleurs sur une même tige , mon cœur sans défiance se confondait avec le tien ; une noble illusion avait purifié ma tendresse. (Elle pleure.)

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