ACTE i, SCENE II
LE CHANCELIER
Conduisez-la vers nous.
(Le secrétaire va par la porle de la grille vers Catheriue. ) LE CONSEILLER.
Ce cloître, il est vrai, était un doux refuge pour plus d'un cœur oppressé.
LE CHANCELIER
Mais un poison pour tant d'autres ! Accorder et faire à la fois le bien de chacun et celui de tous ensemble est dans la puissance de Dieu seul, l'homme doit toujours subordonner l'un à l'autre. ( A Catherine, qui est entrée dans le parloir avec le secrétaire.) Comment vous appelez-vous?
CATHERINE
Catherine.
LE CHANCELIER
Et votre famille ?
CATHERINE
De Bora.
LE CHANCELIER
Je suis très-heureux, noble demoiselle, de vous délivrer de ce voile ; une personne aussi parfaite n'a pas été formée pour vivre dans ces demeures sombres et silencieuses : le suffrage de votre belle âme doit encourager l'homme vertueux dans le tumulte discordant du monde, et non retentir vainement dans ces espaces solitaires.
CATHERINE, avec hauteur el se'vérilc.
Vous ne me connaissez pas.
LE CHANCELIER
Je ne vous ai jamais vue, il est vrai; mais le noble François de Wildenek, l'ami du grand Luther et le mien, m'a vanté depuis long-temps votre esprit élevé' , dont le voile même n'a pu abaisser la noblesse.
CATHERINE
Le connaissez-vous donc? ce voile —
LE CHANCELIER
Digne jeune homme ! H vous aime encore avec la même fidélité, avec la même ardeur ( daignez me pardonner) que lorsqu'un voeu précipité vous arracha à ses plus belles espérances.
CATHERINE, d'un ton so'ennel.
Monsieur le chancelier, vous parlez à une épouse du Seigneur.
LE CHANCELIER, interdit.
Mademoiselle.
CATHERINE
Ma résolution est de ne jamais abandonner ce cloître, et vous pouvez la faire connaître à mon seigneur.
LE CHANCELIER
L'électeur ne suit que les principes de la raison ; il s'y attache avec une grande fermeté, qu'il exige aussi dans autrui : si donc vous en avez de semblables ( et vous ne pouvez en avoir , ni moi en entendre d'autres) , faites-moi connaître les motifs de votre refus.