SCÈNE PREMIÈRE
Salle magnifique , ornée de peintures qui représentent des scènes et des paysages espagnols ; on y remarque les trois paysages dont il est fait mention au commencement de l'acte.
VALÉROS ; OTTO conduit VALÉROS au milieu de la scène.
OTTO
Regarde tout autour de toi. Ce lieu te plaît-il?
VALÉROS.
Sans doute.
OTTO
C'est la salle espagnole ; à droite et à gauche sont les chambres espagnoles. La comtesse Ierta les nomme toujours ainsi, et elles lui sont chères: sa mère a passe' long-temps en Espagne; c'est elle qui a choisi les tentures, qui a fait peindre ces tableaux. ( 77 montre un des tableaux. ) Voici Talavera.
VALEROS, après avoir considère le tableau.
En effet.
OTTO, le conduisant devant un autre tableau.
Voici le mont Perdu. Regarde cette montagne ; elle est d'une telle hauteur, que jamais personne n'a pu gravir jusqu'à son sommet, couvert de neiges éternelles.
VALÉROS.
Je la connais.
OTTO
Sais-tu aussi que la chaîne des Pyrénées est le collier de l'Europe , et que cette montagne en est le diamant.
VALEROS, en souriant.
Qui t'a appris à la nommer ainsi?
OTTO
Qui m'a appris?... Que veux-tu dire ? Penses-tu donc que j'ignore que l'Europe est une femme,* que tous les autres peuples forment son corps , mais que nous, Espagnols, nous sommes son visage? Aussi regardons-nous avec une juste fierté tous les membres inférieurs.
VALÉROS.
L'orgueil castillan se trahit dans les paroles de l'enfant.
OTTO
De l'enfant... c'est ainsi qu'en ce pays on appelle ceux de mon âge, et c'est avec raison peut-être; mais sous le soleil du Midi tous les fruits mûrissent plus vite. (Il le mène devant un autre tableau.) Connais-tu aussi cet endroit? c'est une petite ville où l'on trouve des eaux salutaires ; elle est en France* la mère d'Ierta l'habita long-temps.