ACTE III, SCÈNE I
VALÉROS.
C'est Barrége. Étrange hasard!
OTTO
Tu la connais? Je ne l'aime pourtant pas tant que Talavera.
VALEROS, avec tristesse.
Ni moi non plus. ( A part. ) Pourquoi dois-je trouver ici cet odieux tableau? pourquoi mes yeux doivent-ils rencontrer cette vallée triste et profonde où la superstition séduisit un noble cœur, lui inspira une action désavouée par la nature. Dieu veuille que cette triste prophétie et cet horrible soupçon ne soient que de vains prestiges î
OTTO
Cette salle et ses beaux ornemens t'inspirent de la tristesse ; ce n'était pas sans doute l'intention du comte Hugo.
VALEROS, sortant de sa distraction.
De qui?
OTTO
Du comte. C'est pour te mieux recevoir qu'il a fait ouvrir cette aile du château, et qu'il t'a logé dans les chambres : il doit venir te visiter ce soir avec El vire et sa sœur 1er ta.
VALÉROS.
Est-il entièrement remis?
OTTO
Je le crois. Mais je te l'avais bien dit, il ne fallait
43o L'EXPIATION,
pas continuer ton récit; il ne faut jamais lui parler
de mon père : il ne peut pas soutenir ce sujet.
Cela est étrange !
OTTO
Oh ! je sais bien pourquoi.
VALEROS, avec vivacité.
Tu le sais; dis-le-moi.
OTTO
Au moment de la mort de mon père, le comte aurait donné sa vie pour empêcher qu'il ne fût mort.
VALÉROS.
Et comment sais-tu cela ?
OTTO
Ils étaient bons amis depuis cinq ans , depuis le jour où le comte, étranger et inconnu, arriva dans notre pays.
VALÉROS.
Vraiment !
OTTO
Mon père avait presque pour lui autant de tendresse que pour moi.
VALÉROS.
Et le comte,... aimait-il ton père ?
OTTO
Sans doute.
Tu le crois ?