‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 233 sur 272 · ACTE III, SCÈNE I. 43i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I. 43i

OTTO

Il aimait mon père plus que sa vie; car il s'exposa à une mort évidente pour sauver la vie de Carlos.

VALÉROS.

A-t-il fait cela ?

OTTO

J'en suis certain.

VALÉROS.

Où, et comment?

OTTO

Eh bien! e'coute. C'e'tait un combat de taureaux, un petit combat, un de ceux où l'animal doit seulement être assailli par les chiens. Avant que le spectacle commençât, mon père descendit du balcon avec des dames étrangères qui désiraient examiner de près les préparatifs ; mais tout à coup une porte mal fermée s'ouvre avec fracas • on crie de toutes parts : «Le taureau ! le taureau! lâchez les chiens ! » Les femmes s'enfuient, et dans leur effroi elles poussent précipitamment la porte qui se ferme derrière elles, mon père reste en dedans de la barrière.

Les chiens n'arrivaient pas ; le taureau baisse la tête, se précipite sur Carlos, le renverse,* il va redoubler • j'entends crier : a II est mort!» Mais, prompt comme l'éclair, le comte avait sauté dans l'arène.

VALEROS, l'interrompant.

Ah ! généreux courage !

OTTO

Il tire son épée , l'enfonce hardiment dans le

flanc de l'animal furieux : celui-ci se retourne; il

veut s'élancer; mais le coup dont il est percé a

pénétré jusqu'au coeur; et au moment qu'il va

frapper Carlos , il tombe dans la poussière , étend

ses membres , mugit et expire ; tout le pays retentit

d'acclamations.

VALÉROS.

L'as-tu vu toi-même?

OTTO

J'étais présent.

VALÉROS, à part.

Ah ! mes doutes sont dissipés ! Je respire enfin librement dans cette maison que je croyais marquée par la vengeance céleste ! ( A Otto. ) Je te remercie de ton récit; cette noble action est digne d'un Espagnol.

OTTO

Mon père en eût fait autant pour le comte. Vois cependant : de tels amis ont pu se brouiller.

VALÉROS.

Comment? (A part.) Le feu de l'enfer luit de nouveau devant mes yeux. {A Otto. ) Comment cela est-il arrivé?

OTTO

Je ne le sais ; mais au moment de la mort de mon père, déjà depuis trois ou quatre jours ils étaient brouillés, et ne se voyaient pas. Sans doute ce qui désespère le comte, c'est que son ami soit mort avant de s'être réconcilié avec lui.

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