‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 236 sur 272 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

profondes dans vos cœurs que clans celui d'un père.

HUGO

Vous avez vu du moins qu'elles y sont plus sensibles, puisque nous n'avons pas eu la force d'entendre ce que vous avez pu raconter. ( Valéros Vobserve , il continue.) Vous êtes père , et vous pleurez parce que vous avez perdu un fils; moi, je me suis perdu moi-même avec lui. Carlos doublait et partageait mon existence; je sentais dans Carlos la peine et le bonheur ; j'ai vécu, je suis mort avec lui !

VALEROS, le regardant avec une expression de doute et d'étonneraent.

Comment ?

HUGO, s'abandonnant à sa rêverie.

Un pieux chevalier traversait à cheval une forêt enchantée; il avait négligé de faire le signe de la croix , et fut tout à coup assailli par un mécréant, couvert d'une armure et d'un panache semblable au sien. Le combat s'engagea; tous les deux perdirent leur casque , et à la lueur d'un éclair magique chacun reconnut avec effroi dans les traits de son adversaire ceux de son propre visage : l'obscurité couvre de nouveau la forêt ; les deux guerriers , animés d'une fureur surnaturelle , se font des blessures profondes, et tous les deux souffrent également et des coups qu'ils portent et de ceux qu'ils reçoivent.

Tel est mon sort depuis le jour où j'entrai dans la maison de Carlos. Je sens en moi deux êtres étrangers, ennemis l'un de l'autre, qui toujours combattent entre eux.

VALÉROS.

Vos paroles sont obscures , et cependant elles expriment avec fidélité' ce que j'éprouve moi-même. Attiré , repoussé vers vous , j'éprouve tour à tour, quelquefois au même instant, les sentimens les plus contraires.

HUGO

Ces sentimens, je les éprouve aussi.

VA LÉ R OS

Auxquels dois-je enfin me livrer?

HUGO, après un silence , péniblement.

Haïssez-moi .

VALÉROS.

Puisque je ne le peux , sans doute vous ne l'avez pas mérité.

HUGO, sans lever les yeux.

Aimez-moi donc !

VALÉROS.

Si je dois vous aimer, est-ce donc votre épouse qu'il me faut haïr?

HUGO

Pourquoi ? que voulez-vous dire ?

Parlons ouvertement, comte; un de vous, je dois le croire , a porté la main sur Carlos.

HUGO

Si vous avez de tels soupçons, arrêtez-les sur moi, et cherchez le fer à la main une vengeance que je puis satisfaire.

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