‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 237 sur 272 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

valé;ros.

Cependant tout ce qui vous connut en Espagne élè\e la voix pour vous défendre; tous vous appelaient les amis.

HUGO, profondément e'mu.

Oui, nous e'tions amis, et non pas des amis vulgaires. Poussés l'un vers l'autre par une force mystérieuse, nous unîmes nos destinées.

Tels deux fleuves confondent leurs ondes : chacun d'eux jaillissait du rocher; trop faible pour porter une barque légère , il serpentait lentement dans la plaine : réunis et puissans l'un par l'autre, ils roulent leurs vagues orgueilleuses, et se jouent du fardeau des vaisseaux.

( Il se tait ; un soupir te'moigne l'amertume de ses regrets. ) VALÉROS.

. Si vos images sont fidèles, vous étiez en effet dignes d'envie.

Où et comment se forma votre union?

HDGO.

Étranger, sans frère, sans famille, j'arrivai à Talavera, habitée par tant de seigneurs espagnols.

Je connus Carlos, encore dans la vie privée, avant que le roi lui eût confié le gouvernement de Tortose. Il me reçut avec une noble hospitalité, et sa maison fut pour moi la maison paternelle; je croyais y retrouver les souvenirs de mon enfance ; il me semblait que ces augustes vieillards, dont les portraits étaient suspendus aux murailles, et dont les traits rappellent les vôtres et les siens , il me

semblait que ces portraits avaient entouré mon berceau, et portaient sur moi des regards paternels ; il me semblait que j'avais trouve' ma patrie ; Carlos était à moi, son fils e'tait mon fils, Elvire était ma soeur. ( Avec douleur. ) 0 mon cher Carlos !

VALEROS, lui saisissant la main.

Noble cœur. Non, celui qui a aimé ainsi n'a pu commettre un crime.

HUGO, effrayé.

Comment?... quel crime?..,

VALÉROS.

Oublions les soupçons que je rougis d'avoir conçus î Soyez pour moi ce que vous fûtes pour mon fils, soyez mon ami.

HUGO, le regardant fixement.

Votre ami !... pensez-y bien... Mais oui ,... vous n'avez pas une épouse jeune et belle.

VALEROS. Il se recule avec effroi.

Hugo ! . . .

HUGO, vivement et avec expression.

Ne condamnez pas, vous êtes homme! l'esprit et la chair combattent en vous. Si aujourd'hui vous appartenez aux anges, demain peut-être vous appartiendrez aux démons. [Plus lentement.) Si l'innocence a perdu sa paix , accusez ces climats voisins du soleil, ces rayons dévorans qui enflamment les sens, qui rendent irrésistible la puissance d'un regard. [Apres un silence.) Je vous ai parlé du chevalier qui la nuit , dans la forêt enchantée , combattait , se déchirait lui-même. Ayez pitié d'un

Page 1