‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 241 sur 272 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

rieuse la poursuivit de ces paroles : « Tu souffriras n de longues douleurs avant que ton sein dépose » son fardeau; si tu accouches d'un fils, il tuera » celui dont tues déjà mère; si tu accouches d'une » fille, elle sera tuée par son frère aîné, et toi, tu » mourras dans le péché, »

ELVIRE

Dieu ! quel avertissement terrible !

VALÉROS

C'est par de telles menaces que s'exprime toujours la colère de ces femmes; malheureusement Laure en demeura frappée.

Elle accoucha d'un fils après de longues souffrances; et cette circonstance, conforme aux prédictions de la Bohémienne, acheva de subjuguer sa raison. Son fils, il se nommait Otto, parce qu'une comtesse allemande fut sa marraine ; son fils était à peine en état de marcher seul, et déjà sa malheureuse mère, sans oser révéler à personne le sujet de sa crainte, tremblait pour la vie de son premier né. (Il s'anime et continue avec plus de rapidité.) J'étais alors à l'armée. Laure se rendit aux bains de Baréges ; elle eut pour compagne la dame allemande, marraine de son fils, et se logea avec elle dans cette ville , visitée par une foule d'étrangers.

Au moment où la comtesse allait retourner en Allemagne, sa patrie, elle perdit un fils à peu près du même âge qu'Otto.

Laure croyant prévenir, ou du moins éloigner l'épouvantable malheur que la Bohémienne avait prédit, donna... (Dieu, se peut-il que la superstition

prenne tant d'empire sur une âme faible!) elle donna son enfant à l'étrangère, elle s'en sépara pour toujours; elle feignit qu'il était mort : cette tromperie était facile dans un lieu tel que Baréges, et ce n'est qu'à son dernier moment qu elle m'a fait connaître la vérité.

1ERTA.

A vous , chevalier?

VALER03, surpris.

Ah ! vous le voyez, je ne sais pas feindre longtemps. [Avec un profond soupir. ) Laure fut mon épouse !

HUGO. Il a écoulé ce récit avec la plus grande attention ; il paraît violemment saisi, et se détourne.

Ah ! ciel !

ELVIRE

Quoi I donna Laure , la mère de Carlos, cette âme semblable aux anges, a pu?

VALEROS, comme ci-dessus.

Oui!

ELVIRE

C'est pour ce motif, sans doute , qu'elle demandait avec tant d'instances que notre enfant s'appelât Otto. Elle voulait que son petit -fils portât le nom que son fils avait porté.

VALÉROS.

Cela se peut; un nom peut avoir tant d'empire sur une âme superstitieuse. Qui sait? peut-être ce jeune enfant, qu'elle appelait du nom d'Otto, lui donna une nouvelle force pour me cacher, jusqu'à sa mort,

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