ACTE I, SCÈNE II
dès sa naissance; la tige elle-même languit, et se dessèche quand l'amour ne peut les unir de ses liens enchanteurs.
CATHERINE
Et pourquoi la fleur serait-elle destine'e à s'épanouir, si ce n'est pour exhaler ses parfums dans les régions éthérées ?
LE CHANCELIER
C'est assez , mademoiselle ; échanger de vaines paroles n'est pas mon emploi ici : j'ai déjà fait plus que je ne devais , par estime pour vous et votre illustre famille. Le cloître est supprimé, notre prince l'ordonne ainsi ; il n'appartient ni à vous ni à moi de le juger. Si seule vous ne voulez pas céder, donnez-moi des motifs qui ne soient pas les caprices d'une imagination décevante ; autrement, suivezmoi.
CATHERINE
Des motifs ! des motifs ! Faut-il donc que je tire du fond de mon coeur le secret que j'y cache comme dans un sanctuaire , et que je l'exprime par de froides paroles? Quelle erreur est la vôtre! Ce que dans votre vaine présomption vous appelez des motifs, ce ne sont que de vains mots qui font évanouir tristement les sons de la vie humaine.
LE CHANCELIER
La volonté cependant peut se manifester.
CATHERINE
Et aussi le son mélodieux qui se fait doucement entendre au fond de notre âme, et qui cependant nous entraîne avec la force magique d'une tempête
irrésistible? Oh! que ne puis-je vous dévoiler ce qui vit en moi ! Mais à peine l'aurais-je fait, téméraire, que ce lui serait une atteinte mortelle. Le corps du Sauveur repose crucifié : ce n'est qu'une image de mort , si par l'ardeur de la foi l'esprit ne nous fait contempler la gloire de la résurrection.
LE CHANCELIER
C'en est assez; j'instruirai notre gracieux maître, et vous verrez s'il souffrira que sans motif raisonnable on désobéisse à ses volontés.
CATHERINE
Je vous parais donc bien coupable?
LE CHANCELIER
Oui, comme sujette.
CATHERINE
Ainsi donc, vous me méprisez?
LE CHANCELIER
Non , j'estime en vous la femme qui a une âme énergique, trop énergique.
CATHERINE
Ah ! punissez, châtiez-moi* Mon Sauveur n'a-t-il pas été châtié , outragé ? Puisse mon sang être répandu pour l'honneur, pour la gloire de son nom!
LE CHANCELIER
Vous n'avez plus rien?...
Dites à notre gracieux maître que mes ancêtres ont fondé ce cloître par leurs pieuses offrandes; ah !