‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 255 sur 272 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Je lancerai la mort , non plus sur une seule créature, mais sur des peuples entiers ; je briserai leurs armes, et, dans des champs rougis de carnage, je sèmerai leurs membres déchirés ; sur les murailles des places fortes , je donnerai le signal de l'incendie : la flamme pénètre dans la maison du citoyen paisible qui invoque inutilement son Dieu ; elle jaillit en pétillant au-dessus du toit; elle jette dans les rues une lueur horrible ; des bombes éclatent et donnent la mort à ceux qui viennent au secours; sur des monceaux de cadavres on escalade les remparts; les portes volent en éclats; le soldat déchaîné, ivre de sang , se précipite , se repait de gémissemens ; au pied des autels, il égorge les femmes; il traîne par leurs blonds cheveux les jeunes enfans, et les lance dans la flamme. (Plus lentement.)

Et le soir, quand la victoire a rassasié ces tigres, quand la mort a imposé silence à la douleur , quand la nuit enveloppe de ses ténèbres la cité désolée , ils allumeront des lampes, et chanteront un Te Dewn dans les ruines du temple.

IERTA, pénétrée d'horreur.

Oh! épouvante ! Non , telle n'a point été ma pensée; je voulais qu'animé d'un saint zèle, vous fussiez, au péril de votre vie, délivrer vos concitoyens captifs ; je voulais que la couronne de la victoire cachât le signe de Caïn imprimé sur votre front.

HUGO

Ah ! pardonne , mon cœur n'est pas méchant ; c'est mon imagination dont les jeux féroces assemblent ces images.

l'héâlre Allemand. 3o

Mais je t'entends à présent; tu veux que j'aille mourir loin de ce pays , que ma honte ne souille point la sépulture de tes pères.

1ER TA. Elle pleure sur lui.

Oh ! mon frère !

HUGO, avec sensibilité.

Quoi ! tu pleures. Crois-tu que je recule devant la mort ? elle est plus légère que le remords; elle est le terme de mes maux.

IERTA.

Demeure ; vis pour ta femme , vis pour l'enfant qui n'a plus de père , pour le vieillard qui n'a plus de fils; mais sois homme. Dans une carrière active et utile , montre-toi digne d'eux ; qu'Elvire puisse t'aimer avec honneur ; que le vieux chevalier soit fier de te nommer son fils ; qu'il trouve dans ta gloire la force de vaincre sa douleur.

HUGO

Tu as raison, mais je ne le puis qu'en m'éloignant d'eux pour un peu de temps. Us sont Espagnols et fiers; le sang des princes coule dans les veines d'Elvire ; Valéros aspire aux honneurs ; j'ai tué l'époux d'Elvire, le fils de Valéros. Je dois à tous deux un dédommagement : ils l'accepteront si une couronne de prince brille sur ma tête.

IERTA, e'tonnée.

OErindur !

HUGO, avec re'solution.

Soit ! envoie cette lettre. Je vais reconquérir nos

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