ACTE IV, SCÈNE IV
provinces perdues , mais le prix de la victoire sera pour le vainqueur. Je fus abandonne' par ma famille : eh bien ! je commencerai une dynastie ; je veux placer un diadème sur la tète d'Elvire , semer ses beaux cheveux de diamans brillans comme les étoiles du ciel ; que leur éclat éblouisse les yeux ; que sa taille élégante soit enveloppée de pourpre. Alors je presserai sur mon coeur la plus belle des femmes, et je mourrai de l'ivresse de ses baisers... Hâte-toi! que mon projet s'accomplisse.
IERTA.
Ah ! l'enfer ne lâche pas sa proie ! comme l'aiguille qui a touché l'aimant se dirige toujours vers le nord, ainsi l'homme qui a fait le mal ne peut en détourner sa pensée.
HUGO
Et pourquoi ces voeux sont-ils coupables ?
IERTA, avec autorité.
Vous méditez la trahison, le carnage! malheur à vous ! la malédiction paternelle vous entraîne.
HUGO, après un silence.
Oui , tu as raison; je suis un méchant homme.
IERTA.
Remets-toi , Hugo ! tu étais hors de toi ; l'arrivée de Valéros. t'a frappé comme un coup de tonnerre : mais les rêves d'une imagination égarée, la réflexion les désavoue.
HUGO
Le crois-tu? — Oui, sans doute; le projet doit être salutaire, puisqu'il est venu dans ta pensée.
IERTA.
Je te le donne au moins pour ton bien ; mais peutêtre une jeune fille s'entend peu à lire dans le cœur d'un homme.
HUGO
Non ! tu ne t'es pas trompée ; je dois sortir d'ici; je vais chercher les travaux, les hasards; je veux courir les chances de la fortune ; que le destin s'explique! qu'il prononce entre mon crime et moi.
Envoie cette lettre au duc, et que le messager ajoute que je marche sur ses pas. Qui doit partir?
Le secrétaire attend dans mon appartement.
HUGO
Bien; je vais lui parler moi-même : si déjà le commandement était donné, j'irais joindre l'armée comme simple chevalier. ( Il s'avance avec Ierta vers la porte , en ce moment la pendule sonne onze heures et demie , Hugo lève les jeux, et recule avec effroi. ) — Ha !
IERTA.
Qu'as-tu?
HUGO
Ne le vois-tu pas! il n'est pas encore minuit (// revient sur le devant de la scène) : avant que ce jour maudit soit achevé , je ne veux rien faire , rien décider. Ce jour appartient à ma mauvaise étoile.
Où vas-tu t'égarer, Hugo ?