ACTE IV, SCÈNE VIL fm
aux puissances de l'enfer, s'il faut que la justice s'accomplisse,.... qu'elle frappe ma propre tête!
EL VI RE, dans la plus grande agitation.
Non; qu'elle frappe la mienne! (Elle tombe à genoux. ) Voici la créature coupable dont la beauté fatale a inspire' le forfait : elle se livre à la vengeance de son juge !
0 mon Dieu! envoyez la flamme du ciel pour consumer la victime mortelle : mais sauvez mon âme dans l'éternité' !
( Elle demeure quelque temps dans la même attitude. ) HUGO, avec calme et résolution, moins abattu qu'auparavant.
Calmez-vous tous deux. Il me semble que la malédiction ne pèse plus sur moi ; je respire librement, et une lumière intérieure me montre le chemin qui conduit au repos.
ELV1R E , frappée du sens de ces paroles.
Hélas!
( Elle se de'tourne et aperçoit la harpe ; elle s'appuie sur elle , la tête penclie'e , et ne paraît prendre aucune part au reste de la scène.)
VALÉROS.
Ce chemin , mon fils , te conduit dans le sein de l'église; c'est d'elle que le cœur de ton père veut te recevoir une seconde fois. "Viendras-tu avec moi en Espagne?
HUGO, comme parlant en rêve.
Oui!
VALÉROS, avec joie.
Tu y consens ?
HUGO
Mon esprit vous devance ; vous pourrez y conduire mon corps.
VALÉROS.
Ali! cette pensée t'est venue du ciel, ne tarde pas à l'accomplir!
HUGO
Je ne tarderai pas.
VALÉROS.
Tu assureras le repos d'Elvire?
HUGO, avec effort pour s'éloigner de lui.
J'y pensais. Mais cette séparation sera pénible pour Ierta; chargez-vous de la préparer.
VALÉROS.
En ce moment?
HUGO
Elle n'est point encore couchée; elle s'occupe de moi. Nous étions convenus qu'elle enverrait un exprès au duc son oncle, dont le crédit est grand auprès du roi. Elle voulait qu'on me confiât l'armée destinée à repousser l'ennemi qui a envahi nos frontières; cette démarche n'est plus nécessaire.
VALÉROS.
Non , sans doute , le fils de Valéros ne doit pas servir un prince étranger! Cependant mon âme est satisfaite : tu voulais te relever par des exploits ; viens dans mes bras, mon fils !
HUGO, profondément touché, tombe dans ses bras.
Mon Dieu ! ô mon Dieu ! dans vos bras!...