ACTE I, SCÈNE II. fn
CATHERINE
Ne me tourmente pas davantage, je le prie, et dis ce que tu as à me raconter.
FRANÇOIS
Pour t'oublier, je me précipitai dans le tourbillon du monde ; pour te fuir, je m'exilai de la Saxe, et de l'Allemagne même, de l'Allemagne où la paix éternelle , triste héritage du vieux et faible Maximilien , avait comme enchaîné la main naguère si redoutable du Germain. L'éclat de la cour m'attira vers le jeune Charles; je pensai que dans l'ardente Espagne où la vie fermente avec vigueur dans tous ses germes, une flamme nouvelle étoufferait celle qui me dévorait; je pensai que le jeune monarque renouvellerait les temps anciens de la chevalerie et des traditions héroïques, qu'il apparaîtrait du sein de sa force , comme le soleil du sein de l'Océan radieux, qu'il répandrait partout une nouvelle vie et de nouvelles flammes; voilà ce que je pensai, et je courus vers l'Espagne.
THÉRÈSE, à Catherine.
Les hommes se plaisent-ils donc à s'agiter sans relâche ?
CATHERINE
Hélas ! oui , infortunés qu'ils sont !
THÉRÈSE
Et où vont-ils ainsi ?
CATHERINE
Au ciel.
THÉRÈSE, presque effrayée.
Ne l'ont-ils pas déjà?
FRANÇOIS, à Catherine.
Ah ! tu pouvais me le donner, et tu me l'as derobe'.
CATHERINE
Continue ton récit, mon cher Wildenek; j'aime à entendre raconter les actions des hommes distingués.
Je passai tristement sous le beau ciel de Valence. Hélas! la nature elle-même n'est que le miroir de notre âme. Quand tout y est serein, le rocher même se change en palais ; quand tout y est sombre, l'azur céleste se change en voûte funèbre.
CATHERINE
Dieu nous le donna pur et serein.
FRANÇOIS
Ton image me le rendit sombre et triste. Les prés émaillés de fleurs , un ciel brillant et pur , la mer qui renferme et répand au loin la vie et la force , tout enfin ne me présentait que ta seule image, et ne me rappelait que le bien que j'avais perdu.
CATHERINE
Tu courus sans doute vers le jeune héros protecteur de notre foi, vers l'empereur Charles ?