ACTE I, SCÈNE II
esprit libre de croire et de penser selon sa conscience et sa conviction.
CATHERINE
La voix des sirènes te se'duit .
FRANÇOIS
Non ; c'est celle de la vérité' qui m'enchante , comme tant de milliers de fidèles, qui jusqu'ici ont en vain sacrifie' au Moloch de Rome les prémices de leur pieuse croyance. Le séjour de l'Espagne me déplut; je ne pouvais m'y attendre qu'à orner en martyr de la vérité les bûchers de l'intolérance : je ne m'en sentais pas encore digne, quoique je le désirasse avec ardeur. Je n'avais point à balancer , je devais fuir cette contrée magique dont le charme fallacieux m'avait privé de ma plus belle espérance. Je vins en Allemagne , je vis le grand
Luther, et ne te courrouce pas, ô mon ange
bien-aimé, son image règne dans mon cœur à côté de la tienne.
Je suis loin d'être un ange ; mais si tu peux me regarder ainsi, comment dans un coeur où je règne peux-tu élever un autel au démon?
FRANÇOIS
Est-il possible ? Toi aussi, tu te laisses entraîner par le \ertige populaire ?
CATHERINE
Moi aussi je repousse avec horreur , comme toute la pieuse foule des fidèles , l'infâme qui d'une main coupable dérobe la lumière qui brille dans le sanctuaire de l'église silencieuse et éternelle.
FRANÇOIS
Oh ! as-tu jamais vu Luther?
CATHERINE
Non, jamais, et jamais je ne veux le voir... Mais ( et Dieu veuille m'en pre'server ! ) si mes regards doivent rencontrer la face de l'insolent blasphémateur de l'église, libre et sincère, je veux lui dire à quel point... je le mép
FRANÇOIS
Le mépriser! non, non. Dieu même ne le pourrait pas.
CATHERINE, l'interrompant avec vivacité'.
Oh! que je le hais!
FRANÇOIS
Ah ! si tu le voyais , si tu le connaissais , tu te repentirais à genoux de cette haine, enfant de ta raison égarée , et non de ton cœur, pur comme celui des anges.
C ATHER IN E, avec une véhémence toujours croissante.
C'est un infâme imposteur, un furieux qui insulta à l'auguste majesté d'un saint pontife , un criminel qui
THERESE, «'approchant d'elle avec tendresse-
0 ma douce sœur...
CATHERINE
Je t'entends, tu as raison... C'est par ton doux regard que la paix rentre dans mon cœur. Tu m'as excitée au péché, non pas envers lui, indigne pécheur lui-même, mais envers moi, envers moi