‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 32 sur 272 · ACTE I, SCÈNE II 5r · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II 5r

seule. Maintenant, quitte-moi, quitte-moi, je t'en conjure.

FRANÇOIS

Non, je ne te quitterai pas; la passion qui t'anime, l'anime aussi, ce sont deux flammes semblables qui brûlent ensemble sur un même autel ; quand le monde entier le haïrait, tu ne pourrais t'empêcher de l'aimer.

CATHERINE

Je te pardonne ton erreur, mais non ton fol enthousiasme.

FRANÇOIS

Ah ! s'il e'tait là le grand , le puissant réformateur, et à côté de lui cet empereur orgueilleux que notre petitesse seule a rendu grand , comme ce Charles nous paraîtrait misérable ! Luther tonne , éclate comme la foudre, mais dans son âme tout est calme et tranquille; il est en paix avec luimême, avec son Dieu. Le monarque parait extérieurement tranquille et assuré, mais les noirs orages, les tempêtes furieuses éclatent dans son cœur, il est en guerre avec lui-même et avec la nature.

CATHERINE

Adieu.

FRANÇOIS

Appuyé sur le bras tout - puissant de mon cher Luther, de celui que j'ose nommer mon protecteur et mon ami, je mériterai, Catherine, ton coeur et ton suffrage : réuni à lui, je briserai les portes des cachots ténébreux où la raison des peuples de l'Eu-

rope est encore enchaînée : c'est alors que je volerai vers toi pour recevoir de tes mains le plus beau prix du combat le plus glorieux.

CATHERINE

François, tu es lié toi-même, et lié étroitement par les chaînes de l'esprit infernal : laisse-moi prier pour toi.

FRANÇOIS

Garde-toi de le faire, ta prière serait un péché; c'est dans ton sein qu'est pour moi le ciel , gardetoi de me le fermer ; tes liens sont brisés , tu n'as qu'à le vouloir, tu seras à moi; et moi, méprisemoi , si tu le peux , je ne puis rien sans toi, tu peux m'élever jusqu'à l'héroïsme ou m'abaisser profondément : ne veux-tu pas me sauver ?

CATHERINE , très-émue, le prenant par la main.

Ami de ma jeunesse , je te ferais avec joie le sacrifice de ma vie, si je pouvais à ce prix te délivrer du délire de la croyance nouvelle ; mais ne me demande pas mon amour ; il n'est plus en mon pouvoir; je l'ai donné à un seul objet, mais céleste et divin; ce cœur orgueilleux ne connaît plus les joies terrestres ; il ne bat que pour l'auguste héros de Sion , qui , triomphant de la mort et du péché , réunit du lien d'une même couronne les âmes de l'univers.

FR ANÇOIS, la regardant fixement et s'arrachant de ses bras.

Cela est-il donc irrévocable?

CATHERINE

Puis-je le révoquer, quand Dieu même le pré-

cis

ame en mon cœur

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