ACTE II, SCÈNE I
MARGUERITE
Oui, quand une fois on est en haut; mais un homme , un chrétien , aime aussi à rester en bas dans la cabane , quelque petite , quelqu'étroite qu'elle soit : on l'orne bien proprement...
Un chrétien ! un homme ! dites plutôt une femme ; mais un homme creuse , travaille et grimpe.
Bien! très-bien, mon père! Et voyez-vous, c'est tout cela que je ne cesse de dire moi-même. Je veux que chacun se meuve avec liberté : tout paraîtra, il est vrai , bigarré de mille couleurs, de mille nuances; mais qu'importe? le Seigneur notre Dieu n'a-t-il pas créé avec mille nuances aussi , et les fleurs des champs , et les nuages des cieux ? les unes s'exhalent , les autres passent avec liberté , sans maître , sans conducteur. Voilà comme chacun doit voir de ses propres yeux , agir de ses propres mains , se livrer lui-même à son travail , mais sans orgueil, et sans croire, serviteurs paresseux que nous sommes, à l'efficacité de nos propres œuvres; car il n'y a réellement qu'une seule bonne oeuvre, l'oeuvre primitive du Seigneur notre Dieu, dont nous ne sommes chacun qu'un simple rouage, quoique nous tournions chacun sur un axe qui nous est propre.
JEAN
Oh! cela est clair comme le jour!
9i LUTHER,
Et tout le monde ne doit-il pas le concevoir?
JEAN
Oui, tout le monde.
Et voilà ce qu'ils appellent la croyance nouvelle ! Ah! que je voudrais que votre tour de Babel fût «aussi ancienne!
Et tu ne veux pas autre chose?
Et que puis-je encore vouloir?
MARGUERITE
Mais n'ont-ils pas dit que tu voulais être pape ?
Moi ? Dieu me pardonne , j'aime mieux garder des brebis, que d'être le mouton conducteur d'un troupeau d'hommes. Le véritable pape c'est la volonté pure et sincère de l'homme, et ce n'est pas à Rome qu'il est, mais au fond de nos coeurs.
THEORALD, qui pendant ce temps allait et venait, et niellait le couvert.
Ah! je voudrais être pape, moi.
LUTHER , d'un ton significatif.
Et tu pourrais l'être aussi, et alors on n'aurait pas besoin de moi.
JEAN
Et tu as réellement osé dire tout cela au cardinal?