ACTE II, SCÈNE I
Ali! je le dis au monde entier, je le crie aux oreilles de chacun; car pour parler bas, cela m'est absolument impossible, et voilà pourquoi.... Mais laissons là toutes ces affaires; j'ai bien assez à m'en tourmenter.
Et pourquoi justement toi?
Un autre le fait-il à ma place? Je ne demanderais pas mieux que de garder le silence; mais ceux qui doivent parler sont là à regarder tranquillement et souffrent qu'on abuse les hommes. Voilà ce qui me serre la gorge et me force à crier.
MARGUERITE
Tu es bien à plaindre, vraiment.
LUTHEK.
Ah! je veux du moins être content aujourd'hui. C'est aujourd'hui le jour de la joie ; elle nous enlève au ciel quand la sagesse rampe à terre : venez , remplissez la coupe. ( Théobald verse du vin dans la coupe.) Comment cela va-t-il à la maison ? Eisleben est-il encore debout? Eisleben (33)! paisible lieu de ma naissance, vous ne sauriez croire combien son souvenir me tient au coeur ! C'est là que j'aimerais à me reposer. Eh bien, buvez donc !( Il prend une coupe. ) Au brave comte , à la pieuse comtesse de Mansfeld C34).
I Tous boivent.
MARGUERITE
Grâce à Dieu , ces excellens maîtres nous font beaucoup de bien.
JEAN
Ce sont encore de bons vieux Germains; ils n'aiment pas la manière espagnole.
La gracieuse comtesse est bien fière de toi. Récemment encore elle me disait : Dame Marguerite, j'estime votre Martin plus que dix de nos vassaux.
Ah ! ma gracieuse maîtresse !
MARGUERITE
Faites attention , ajouta-t-elle , et vous verrez qu'il deviendra un instrument de Dieu.
LUTHER , embarrassé.
Oh ! ma mère !
JEAN
Tais-toi donc, je connais notre Martin; il est comme moi, il n'aime pas la louange. Quand on me donne un soufflet je le rends; mais cela ne me fâche pas autant que lorsqu'on vient me dire : Maître Jean, c'est vous qui êtes un homme dans le vrai sens du mot, et mille autres choses semblables. Au diable ces fariboles! un homme peut-il donc être autrement qu'un homme dans le vrai sens du mot ?
Bien, très-bien! [Montrant la table.) Voilà la