ACTE II, SCÈNE I. f
table mise, asseyons-nous ici, je commence à avoir un peu faim.
( Tous , excepté Théobald , se mettent autour de la table. ) MARGUERITE.
Pauvre Martin ! avoir jeûne' trois jours !
Vous vous contenterez, j'espère , de mon modeste repas; je vous donne ce que j'ai. (P^ersant et trinquant avec eux. ) C'est du vin de Johannesberg, et du plus excellent ; notre gracieux maître l'électeur m'a honoré de ce présent. Je ne bois jamais seul de ce vin , excepté quand le démon de la mélancolie m'obsède et m'assiège; je le chasse alors avec le vin et la musique.
MARGUERITE, buvant.
A ta santé.
A la vôtre. Que Dieu répande sur nous tous ses grâces, et confonde le démon du mensonge !
THEOBALD, s'approcliant avec timidité' de la table et prenant une coupe.
Mes honorés maîtres, me permettrez-vous?...
Oui, sans doute, brave enfant. C'est aujourd'hui pour moi un jour de fête et de joie; je pourrais, Dieu me pardonne, je pourrais, je crois, embrasser le diable lui-même.
MÉLANCHTHON
Excellent homme !
Ne soyez pas si triste, mon frère. Pardonnez-moi,
ç)6 LUTHER,
la joie m'avait presque fait oublier qu'il y a si longtemps que nous ne nous étions vus. Comment cela va-t-il à Leipsig?JNos gens tiennent-t-ils à la foi?
Hélas!
Dis-le moi sincèrement; je sais bien que quand nous ne sommes pas là , tout va aussitôt de mal en pis. Le peuple veut toujours être conduit et ne veut jamais mettre la main à l'oeuvre. Tantôt il veut, tantôt il ne veut pas; c'est là ce qui me rend presque fou. A vous, mon père, Dieu bénisse nos intentions !
(Il trinque avec son père, ) JEAN.
Aux hommes purs et irréprochables !
LUTHER, à Mc'lanclithon.
As-tu été à Saint-Thomas?
MÉLANCHTHON
Oui, on y a donné la communion sub utrâque (35).
Eh bien ! c'est déjà quelque chose; avec l'aide de Dieu cela ira; seulement il ne faut pas perdre courage.
MARGUERITE
Mais , dis-moi , qu'est-ce donc que Y utrâque ?
Bonne mère, c'est comme si l'on disait la femme et l'homme, le foyer ardent et la flamme.