ACTE II, SCÈNE I
C'est la communion sous les deux espèces.
THÉOBALD
Ce n'est pas seulement au prêtre , mais aux laïques aussi que se distribue le vin , le pur sang de notre Seicneur.
MARGUERITE
Et c'est toi qui as fait cela, et c'est pour cela que ces gens t'appellent hérétique?
Chère et bonne mère, frère faucon appelle frère pinson hérétique. Voilà tout.
JEAN
Mais n'est-il pas vrai , cependant , Martin, que les honneurs de la coupe sacrée n'appartiennent qu'au prêtre seul ?
MARGUERITE
Sans doute, car lui seul est en état de bien lire dans la Bible.
LUTHER, avec beaucoup de vivacité et d'émotion.
Ah ! pour le coup encore une de nos lunettes ! Chaque homme n'est-il pas prêtre? chaque homme ne peut-il , ne doit-il pas élever courageusement vers le ciel les regards de la reconnaissance filiale? Croyez -vous donc qu'on puisse distiller et présenter goutte à goutte les flots de la grâce divine? Non, elle ne le souffrirait pas ! c'est immédiatement, avec une douce majesté , qu'elle nous pénètre par torrens; le prêtre, il est vrai, doit la recevoir, mais il doit aussi la transmettre intacte et pure, il n'a
7 fléâtre Allemand.
point de privilèges , il n'a que des devoirs ; il ne lui
est pas permis d'altérer, d'arrêter la source de la
bonté divine, ni de refuser à personne sa délectable
nourriture; entendez-vous? à personne! Et c'est là
ce que je professe et ce que je professerai toute la
vie.
( Il frappe avec le poiug sur la laLle | JEAN.
Martin! Martin! Mon fils! toujours la mauvaise tête d'autrefois !
LUTHER, avec douceur.
Oh ! ne vous fâchez pas ! Est-ce que je n'y expose pas ma propre vie, ma tranquillité plus précieuse que la vie? {Il prend une coupe. ) Versez, trinquez avec moi ; périssent la dispute et la discorde! Oui, qu'elles périssent, mais cependant pas trop tôt. Car, semblable au contre-point de la musique, c'est de la dispute et de la discorde, que doit naître naturellement l'heureuse harmonie de l'esprit et du cœur.
MÉLANCHTHON
Hélas! pourquoi tous les tons n'en sont-ils pas surle-champ d'accord? Que ne peut-on jouir, sans mélange , du bonheur de l'harmonie ?
Pourquoi? c'est ce qu'un jour tu dois apprendre là-haut; le Seigneur, notre Dieu, est comme un imprimeur qui pose ses lettres à rebours : nous voyons la composition , mais nous ne pouvons la lire ; et nous n'en recevrons chacun le sens, qu'avec le cercueil et le linceul funèbre.