‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 59 sur 272 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Ma bonne mère , Dieu ne fait pas autrement avec ses enfans, il les élève en les châtiant; j'en avais besoin, moi, car j'étais un petit drôle bien vif.

JEAN

Oui, bien vif, mais bien appliqué.

Je vins donc à Eisenach , je ne devais y apprendre qu'à lire et à écrire ; cela me fâcha, je voulais savoir quelque chose de mieux, devenir instruit comme saint Augustin, ne fût-ce que pour sauter, à pieds joints, les bornes de la cinquième.

MARGUERITE

Je sais que rien d'étroit ne te convenait, et, comme enfant, aucun vêtement ne te paraissait jamais assez large.

Les grands écoliers de rhétorique se moquaient de moi, ma chère mère, de ce que je ne pouvais encore expliquer Cicéron , cela me piquait ; souvent je me privais du déjeuner et du dîner pour prendre des leçons de latin, mais c'était inutile; et mon peu d'argent suffisait à peine pour me préserver de la faim.

MARGUERITE

Ce pauvre Martin!

JEAN

Nous étions forcés d'économiser aussi beaucoup sur la nourriture.

io2 LUTHER,

Je le sais bien, aussi j'e'tais inquiet et non découragé , je pensais souvent à ce que vous m'aviez e'crit : Dieu est ton père, me disais-je, il viendra à ton secours. Ce que je dis fut fait: un jour j'allai , avec les élèves, chanter aux portes (36) ; maudite occupation, j'aimerais mieux me battre avec le diable, que de m'avilir ainsi devant toutes les portes , pour recevoir un : Dieu vous récompense. C'était dans un moment où je chantais avec courage, avec confiance, cet hymne : « Mets un terme, ô Seigneur , mets un terme ! ...» Le bon Dieu l'entendit ; la femme de Cotta (Dieu lui accorde un repos de félicité ! ) regardait justement par la fenêtre, et dans un clin d'oeil je fus dans la maison de Cotta comme le plus beau coq du panier.

THÉOBALD, trinquant avec lui.

Notre maître, cette santé en l'honneur de toutes les dignes femmes !

LUTHER, de même.

Oui, elles changent pour nous la vie en une douce mélodie; mais celle-là surtout, ah! quelle digne femme c'était! comme l'ange Michel, elle savait apprivoiser un dragon , lire dans les astres , répandre et faire germer les bénédictions divines; puis ensuite elle prenait des formes si humaines , qu'il n'y paraissait plus rien du tout.

MARGUERITE

Elle te prit donc chez elle?

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