ACTE III, SCÈNE I
LE CARDINAL, le regardant avec beaucoup d'attention.
Luther...
L'ÉLECTEUR
Je pense, monsieur le légat, qu'en voilà assez sur ce point.
LE CARDINAL
Pardonnez , c'est une affaire qu'il est impossible de mettre ainsi de côté : le moine rebelle et mutin est mandé à la diète.
L'ÉLECTEUR
Cela est vrai.
LE CARDINAL
Vous avez fait remettre la convocation entre ses mains ?
L'ÉLECTEUR
Sans doute.
LE CARDINAL
Et vous ne voudrez pas sans doute favoriser la rébellion ?
L'ÉLECTEUR
Monsieur le cardinal, je connais mes fonctions comme souverain et comme prince allemand ; vous n'êtes pas ici dans le confessionnal.
LE CARDINAL
Dieu m'en préserve. Mais que je plains ce beau pays de Saxe ! Il serait cruel pour lui d'être frappé de l'excommunication et de l'interdit pour l'extravagance d'un hérétique : c'est à regret que le saint père se verrait forcé, dans le cas où...
i34 LUTHER,
L'ELECTEUR , presque ironiquement.
Réellement ?
LE CARDINAL
Votre altesse sera donc forcée, et par croyance et par sagesse , de refuser toute protection au rebelle qui déjà, en jetant au feu la bulle du saint père , a mérité d'être brûlé.
L' ELECTEUR, éclatant avec beaucoup de vivacité.
Ah ! je serais moi-même digne, monsieur le cardinal , de la flamme éternelle , si je pouvais sacrifier à votre fureur cet homme sans tache et sans reproche. Je dois au dernier de mes sujets le sacrifice de mon bien et de mon sang, ou je serais indigne d'être souverain : comment ne les sacrifierais-je pas à l'homme dont je dois m'enorgueillir, à Luther?
LE CARDINAL cherchant à se contenir, et toujours avec calme.
Ainsi donc , selon vous, le moine a même mérité des éloges pour avoir livré la bulle aux flammes , excité l'ardeur de la sédition , outragé Dieu et le pape ?
L'ÉLECTEUR
Il en rendra compte à l'empereur, à qui seul aussi je dois compte de ma conduite.
LE CARDINAL, avec vivacité.
Il viendra donc?
L'ÉLECTEUR
Je doute encore qu'il soit assez insensé pour tomber dans le piège, comme autrefois l'infortuné Huss.