ACTE III, SCÈNE I. i3g
Soyez tranquille , cardinal ; mon conseiller bouffon ne me traite pas mieux moi-même.
DU BOSSU
Ne suis-je pas membre d'une haute et puissante corporation charge'e de faire entendre la ve'rité , l'ordre des fous de Clèves? Je porte à mon manteau mon patron protecteur, le fou en peinture....
LE CARDINAL
Et dans la tête aussi, je crois.
DU BOSSU
Croyez-vous qu'on ne devine pas quelque chose de semblable à travers votre calotte rouge? Allez, Luther est un furet.
CHARLES
Nous avons, je crois, mandé devant nous le moine dont il s'agit. Est-il arrivé, maréchal?
LE MARÉCHAL
Pas encore, sire.
CHARLES , à ceux qui l'entourent
Vous êtes libres... ( A ï électeur. ) Vous, prince, restez, et vous aussi, légat. ( Aux autres, en s inclinant légèrement. ) Adieu.
(Tous sortent, excepte' l'empereur, l'électeur, !e cardinal, et du Bossu qui resteau fond de la scène. )
CHARLES, à l'électeur el au légat.
Nous voilà seuls, messieurs; dites- moi mainte-
i4o LUTHER,
nant ce qu'il en est au fond de ce Luther. J'espère
bien que cet homme n'a aucune importance?
LE CARDINAL
Cependant, sire....
CHARLES
C'est peut-être un de ces fous du commun , malade de la folle ide'e de corriger le monde. C'est l'estomac , communément, qui fait crier ces sortes de gens. On leur jette une pièce d'or, une décoration, ou un bonnet d'évêque , et les voilà muets.
L'ÉLECTEUR
Il n'en est pas ainsi quant à Luther.
CHARLES
C'est donc réellement un enthousiaste, un furieux ?
LE CARDINAL
Oui, mais avec réflexion.
CHARLES, hésitant.
Réellement? C'est singulier, mais ce n'est pas sans exemple; on y mettra ordre. Mais a-t-il en effet attaqué l'absolution et la messe?
LE CARDINAL
Il a fait bien plus que cela : il a nié la puissance du pape, les saints de l'église!...
Jalousie de métier !...
LE CARDINAL
Il approuve le mariage des prêtres!...