‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 80 sur 272 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

CHARLES

Pas si mal !

LE CARDINAL

Il nie l'efficacité des bonnes œuvres.

CHARLES

Grande sottise ! Comment blâmer ce qui n'existe pas?

LE CARDINAL

Quant aux cloîtres , il veut les supprimer!

CHARLES

Et pourquoi ?

LE CARDINAL

Ils ne servent à rien pour le salut, dit-il.

CHARLES

Il croit au salut? Oh! dès lors, il n'est pas dan-

gereux !

LE CARDINAL

Vous vous trompez, il l'est. {Portant un regard scrutateur sur l'électeur. ) A Wittemberg , ville près de Dresde, il a brûle' publiquement la bulle du pape.

CHARLES, se tournant avec vivacité vers l'électeur.

Dans votre ville, prince? Cela me paraît singulier.

L'ÉLECTEUR

Pardonnez, mon empereur; cette action précipitée je l'ai apprise trop tard pour l'empêcher ; et pour l'approuver, je ne le puis.

i4a LUTHER,

LE CARDINAL, avec méchanceté.

Je pense cependant, que d'après ce que votre altesse a récemment manifesté en supprimant à Witteniberg le cloître des filles de Saint-Augustin. ...

L'ELECTEUR, montrant l'empereur.

Monsieur le légat , voilà mon seigneur suzerain ; il est trop sage pour me demander compte de mes actions, à moi, chef d'un des états souverains de l'Allemagne ; or, dans ce qui intéresse mes propres sujets, combien moins devez-vous l'oser !

CHARLES

D'un des états souverains, dites -vous? Vous vous trompez, prince; il y en a sans doute encore : le vôtre est du nombre, et vous en êtes un des plus dignes chefs. Mais aucun n'est souverain dans ce sens qu'il puisse favoriser ce qui déplaît à l'empereur, le véritable, le premier souverain; non, il n'y en a qu'un de tel : et le monde , depuis les rives du Danube jusqu'à l'empire du Pérou, connaît sa force : faites en sorte de ne jamais l'éprouver.

L'ÉLECTEUR

Sire, la couronne qui décore votre front, c'est moi qui conseillai à l'empire germanique de vous la donner.

CHARLES

Vous me faites rire, prince, en parlant de m'avoir fait donner ce que je pouvais prendre.

L'ÉLECTEUR

Empereur, n'oubliez pas les chroniques romaines,

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