‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 81 sur 272 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

et que les maîtres de la terre n'ont jamais pu dompter le courage des fiers Germains !

CHARLES

C'en est assez; gardez-vous, je vous le conseille, de réveiller le lion endormi.

LE CARDINAL, avec vivacité.

Ce noble courroux par rapport à Luther? Le ciel vous bénisse ! C'est l'échafaud qui convient au moine téméraire....

CHARLES

Cardinal légat , vous vous trompez sur mon compte aujourd'hui, pour la seconde fois; à la troisième, je vous renverrai à celui qui vous a envoyé. Adieu, messieurs, adieu : dès que le conseil des princes sera assemblé , le maréchal viendra me chercher.

L'ÉLECTEUR ET LE CARDINAL ensemble.

Mon empereur —

Pas un mot de plus. Je verrai Je ferai ce qui

sera juste. {L'électeur et le cardinal sortent.) [Charles les suivant des jeux avec mépris :) Ah! je vous mettrai à la raison ! {A du Bossu, qui s'avance en ce moment.) Du Bossu, suis-je habile à traiter avec les fous?

DU BOSSU

On ne peut pas davantage ; car vous êtes le plus grand de tous les fous.

CHARLES

Comment cela , drôle ?

i44 LUTHER,

DU BOSSU

Ces deux hommes, le légat Belzébuth et l'électeur Gabriel, sont selon leur nature ; mais vous, c'est quelque chose de nouveau que vous voulez faire voir : un être double, avec des ailes et des griffes; des ailes qui le tirent en haut et des griffes qui le retiennent à la terre ; en sorte qu'il se trouve ainsi déchiré par lui-même. Les deux autres sont fort à leur aise ; car être selon sa nature est fort commode , et équivaut presque à avoir du bon sens : vous, vous voulez créer quelque chose, ce qui n'est pas commode, et même quelque chose qui n'est rien. Vouloir créer est ridicule : vous vous donnez beaucoup de peine, et néanmoins ne créez rien ; vous n'êtes donc qu'un fou.

CHARLES

Insolent ! Si je te faisais pendre pour cette saillie, dirais-tu que j'ai du bon sens?

Encore bien moins. {Avec sensibilité :) Vous vous êtes déjà montré fou à mon égard; il convient que vous restiez tel.

CHARLES

Comment cela ?

DU BOSSU

Ne vous rappelez-vous plus certaine chasse au sanglier ? vous veniez justement d'être élevé du rang de prince à celui de roi ; moi, je n'avais point encore passé du rang de chambellan à celui de conseiller bouffon; mais alors déjà vous n'aimiez pas qu'on tranchât du familier avec vous. Le sanglier

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