ACTE III, SCÈNE J
DU BOSSU
Lui-même.
CHARLES, quittant la fenêtre et d'un ton de mépris.
Ce lourdaud ne me rendra pas hérétique.
DU BOSSU
Qui sait ?
CHARLES
Les gros hommes ne sont pas dangereux.
DU BOSSU
Cela vous plaît à dire : ils y vont rondement. Ce Luther me paraît assez vigoureux pour faire un trou à la tête de votre mère , la bulle d'or.
( On entend encore du bruit. )
Toujours du bruit. ( Criant du côté de la porte. ) Faites attention , et que le peuple se taise ! Sot peuple que ces Allemands! Mais je vous apprendrai bien à danser à ma mesure.
DU BOSSU, toujours à la fenêtre.
Les hallebardes y vont bravement ! Le peuple se disperse. Il ne reste plus qu'un cordonnier. Il parait s'apercevoir que l'empire romain est gêné du soulier. Imbécile! raccommode-le. Tout le monde ne s'en mêle-t-il pas ?
CHARLES regarde indifféremment par la fenêtre, et dit ensuite comme satisfait de
lui-même.
La place est libre !
i/,8 LUTHER,
DU BOSSU
Ah ! si les hallebardes pouvaient donner sur les écrits aussi-bien que sur les têtes !
CHARLES
Cela n'en vaut pas la peine. C'est ce qui fait vivre la prêtraille.
DU BOSSU
Hom ! prêtraille ! Regardez donc autour de vous!
CHARLES
Comment ?
Ne voyez-vous rien ?
CHARLES
Que veux-tu que je voie?
DU BOSSU
Voilà qui est plaisant ! Un fou y voit quelquefois mieux qu'un empereur. Ne voyez-vous pas ces sculptures là-bas sur les murailles ?
CHARLES, jetant un coup dVil.
Ces sottises-là? c'est lourd comme tout ce qui est allemand.
DU BOSSU
Cela ressemble , comme frère et soeur , à la peinture qui se voit à Strasbourg dans la tour de là cathédrale. Regardez bien ; vous voyez ici un loup qui dit la messe, et un âne qui la sert; là, sur une civière, un bélier et une truie portent un renard mort (46) ; le saint sacrement est présenté par un ours;