‹ Chefs-d'œuvre du théâtre allemandChapitre 92 sur 272 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

CATHERINE, à part , avec joie.

Il meurt! c'est dire qu'il triomphe !

L'ÉLECTEUR, avec enthousiasme.

Eh bien ! ta bénédiction , homme saint !

(Il ôte son chapeau, s'agenouille devant Luther; tous les autres en font autant , excepté Catherine et Thérèse. )

LUTHER, les be'nissant et élevant les yeux au ciel.

Force , paix , liberté !

C AT H ER I N E , poussant involontairement un cri.

Toi , mourir ! non , tu vivras !

(Elle et Thérèse quittent précipitamment la scène. ) L'ÉLECTEUR ET TOUS LES AUTRES, se levant vivement.

Qu'est-ce que cela ?

FRANÇOIS, à demi-voix et avec étonnemenl.

Serait-ce elle ?

THÉOBALD

Serait-ce la voix de son ange?

LE GRAND MARÉCHAL DE LA DIÈTE, entrant.

Seigneurs, voilà le cortège qui commence à passer.

L'ÉLE CTEU R , embrassant Lutlier et montrant le ciel.

Là-haut, et pour toujours!

(Il sort précipitamment : Spalatinus et le peuple le suivent. ) LE MARÉCHAL.

Venez, docteur, venez.

îb'4 LUTHER,

Encore un instant : laissez-moi seul avec lui, seul en sa présence. ( Jean , Mélanchton , François , Théobald et le maréchal sortent par la porte du milieu, ) ( Luther, seul dans le fond de la scène , tombe à genoux , et dit dune voix solennelle : ) Dieu tout-puissant , mon cœur cruellement oppressé s'élève vers toi, vers toi, arbitre suprême ! Que ce bas monde est misérable et vain ! comme le démon s'y agite, plein de violence et de ruse! C'en est fait, je succombe à sa haine, et l'arrêt est porté! Dieu, ô mon Dieu, ne m'abandonne pas; sois toujours près de moi ; tu le dois, et tu le feras! Hélas! ce n'est pas de ma propre cause qu'il s'agit! et qu'ai-je à faire ici pour moi-même? Ah ! de beaux jours m'étaient promis, et je pouvais espérer de les passer au sein du repos ! N'est-ce pas ton œuvre , l'œuvre de ta sainteté , de ta justice , que j'ai été appelé à accomplir ? C'est ton secours seul que j'invoque, Dieu fidèle à tes promesses, Dieu éternel! jamais je ne mettrai ma confiance dans les hommes ! Tout ce qui est de chair ne disparait-il pas comme la vaine poussière? Mais toi seul, ô mon Dieu! toi seul et tes œuvres ne deviendrez jamais la proie du néant! Ne m'entendras-tu pas, ô mon Dieu ! n'entendras-tu pas les cris de mon anxiété? m'as-tu entièrement abandonné? Vois comme l'enfer me menace ! Ah ! sans doute tu as voulu nous dérober ta présence ! car pourquoi aurais-tu daigné me choisir? pourquoi? j'ose te le demander. Mais déjà je t'entends; je sais que les rayons de ta toute-

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