‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnol (volume 2)Chapitre 48 sur 103 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Un terrain au pied d'une montagne.

Entrent DON BERNARD, DOJlA L1ÛNOB et 8YRBNI. »

DON BERNARD

Reposez-vous, belle Léonor, au pied de cette montagne couronnée

1 « Io me quiero adelantar ...

En alijuna destas barcas

Que llaman muletes, y oy - Siendo cojo eon muletas... etc. etc.*

Muletas signifie béquilles. On appelle muletas à Lisbonne (en espagnol muletes) des bateaux de pécheurs, plats et légers, qui ont de chaque cote de longues rames £ demeure. Manrique dit : Je m'en Tais prendre les devans daus une de ces barques que l'on appelle muletes, et courant aujourd'hui comme un bel tau* sur fies béquilles.*, etc.»

* 11 y a ici une autre plaisanterie qu il nous a été impossible de reproduire. Elle porte sur la triple signification du mot forçad* : f° contrainte, 2 • violée, 3> salir ds força- &>, Mftir des galères, - ■ - .

de fleurs, où le printemps a convoqué sa cour ; reposez-vous là quelques instans en attendant l'arrivée de don Lope , votre heureux époux, — et chassez loin de vous cette affliction. Je la conçois bien d'ailleurs, la vue du Portugal vous fait ressouvenir que vous avez quitté la Castille.

LEONOR

Illustre don Bernard d'Almeyda, mon affliction, soyez-en persuadé, ne procède paa d'ingratitude... Je sens aussi vivement que je le dois l'honneur que mon sort m'a procuré... mais, vous le savez. . il y a souvent des larmes qui viennent de la joie* .

DON BERNARD

Tous vous excusez, madame, d'une manière si flatteuse, que, ne serait-ce que pour cette eicuse , je vous serais reconnaissant de votre faute, si c'en est une de pleurer... Je vous laisse un moment, afin que vous soyez plus libre de vous distraire de cette mélancolie. Asseyez-vous là, vous serez à l'abri de cet ardent soleil. Que le ciel vous garde!

il wrt.

LEONOR

11 s'en est allé, Syrène?

Oui, madame.

Personne ne jîous écoute?

Nous sommes seules.

SYRENE.

LEONOR

SYRENE.

LEONOR

Alors que ma douleur s'échappe en liberté hors de mon sein ; que mes peines cruelles s'exhalent de mon âme qu'elles tuent , et que mes larmes éteignent, s'il est possible, le feu dévorant qui me consume.

SYRENE.

Que ditefevous là, madame?

LEONOR

Laisse-moi, Syrène.

SYRENE.

Songez au péril, à l'honneur.

Gomment ! toi qui connais mon chagrin, c'est toi qui me réprimandes de la sorte, c'est toi qui me reproches mes pleurs, c'est toi qui me conseilles de me taire!

SYRÈNE

J'écoute votre inutile plainte, et...

LÉONOR

Ah ! Syrène, quand donc une plainte est-elle inutile ? Lorsqu'un oiseau timide, enlevé de son nid par une main impitoyable, a été

renfermé dans la cage qui doit lui servir de prison, il se plaint en des chansons mélodieuses, et par là il allège l'ennui de sa captivité. De même ma plainte à moi me soulage.

9TRENE.

Fort bien; mais qu'en espérez-vous t que prétendez- vous désormais? Don Louis est mort, et vous, vous voilà mariée I

LÉONOR

Ah! Syrène, hélas! dis plutôt» dis que ja suis morte avec don Louis ; car si le destin m'a contrainte à ce maria§e> tu m'y verras sans plaisir, sans joie, toujours triste, toujours sombre, et, pour ainsi dire, plutôt morte que mariée. Ce que j'ai aimé une fois, je puis le perdre ; mais l'oublier, je ne puis. Eh quoi ! l'oubli pourrait, venir là où l'on a vu l'amour 1 Non, non... une femmo~au MWJr noble n'oubliera jamais ce qu'elle a armé, ou elle n'a pas aimé* si elle oublie. Rappelle-toi tout ce que j'éprouvai quand je reçus la nouvelle de sa mort. Si depuis je me suis mariée, tu sais à quelles considérations, à quels ordres j'ai cédé... — Mais il faut, ma fierté me le commande, il faut que je prenne ici congé de mon amour... O mon amour! séparons-nous; vous m'avez accompagné un assez long espace, et vous ne pouvez me suivre jusqu'aux autels de l'honneur.

Entre MANRIQUE.

MANRIQUE

Trois fois heureux, moi qui arrive! vingt fois heureux, moi qui accours 1 cent fois heureux, moi qui démarque le premier pour être le premier à baiser l'empreinte de ce pied sous lequel naissent des fleurs, comme s'il était le printemps de l'été. Et puisque me voilà, je baise de nouveau tout ce qu'il m'est permis de baiser sans offenser mon Dieu.

LEONOR

Qui étes-vous?

MANRIQUE

Le moindre des valets de mon maître, le seigneur don Lope, maïs non pas le moindre parleur ; et je l'ai devancé pour vous annoncer qu'il venait.

LEONOR

Il ne montre guère d'empressement... [Elle lui donne quelques pièces de monnaie.) Voilà pour votre peine... Ejt en quelle qualité servez-vous don Lope ?

MANRIQUE

Est-ce qu'un homme qui a un caractère aussi gentil pourrait être autre chose que gentilhomme?

LÉONOR

Vous, gentilhomme!

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170 A OUTRAGK SECRET VKS<;KANGI£ SECRÈTE.

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