JOURNÉE H, 8GÈKK II HT
Gara votre peu de durée,
Il savait bien que tous êtes à moi.
Entrent MALEC, DON ALVAR (TUZANI), et DOflA CLARA (MALÉGA).
CLARA
O mon bonheur 1 ô m* joie !
Ne dites pas à qui tous êtes..
DON ALVAR
Car à votre peu de durée,
Il se voit bien que voua êtes à nui.
ïm ftutrnuns eontiaiieat de jeaer pendant la eteae
clara, à part.
Ce chant m'a pénétrée d'une indicible émotion.
bon ALVAR, de même.
Il me feaablaU que cet paroles renfermaient un triste présage.
CLARA
Au moment où mon père venait traiter de mon mariage !
Au moment où l'amour contentait enft à èianoer mes veaux l
Bonheur que j'espérais, écoutez.
DON ALVAR
Écoutez, désirs impatiens.
LRtmsiciRi», c h cm kmt .
Oui, à vôtre peu de durée,
Il se voit bien que vous êtes à mai.
malbc, d don Fernond.
Seigneur, puisque l'Amour s'est toujours pin à mêler ses jeui aux jeux sanglans de Mars, je venais te prévenir que je marie enfin Maléca.
DON FMHfAND.
Et quel est celui à qui tu accordes sa main ?
VALBC.
Ton beau-frère Tuzani.
DON FSRNAND.
J'approuve fort cette union. Je sais leur tendresse mutuelle; je sais qu'Us ne pourraient pas vivre l'un sans l'autre. Où sont-ils?
Don Alrar et dona Clara s'approchent.
CLARA
Me voici à vos pieds.
DON ALVAR
Permets que je baise ta main.
DON FERNAND
Non pas, viens dans mes bras. Et puisque d'après la loi de l'AV eoran, dont nous avons repris l'observance, il n'y a nom* la consécration du mariage d autre cérémonie que la délivrance des arrhes, je dériN^éTiiznntles dôme en nu pt^enoe à la hoMe Maléca,
148 AïtfBR APRÈS LA MORT.
DON ALVAR
Tout ce que je puis t'offrfr est indigne de toi , car rien au monde n'égale ton divin éclat. Aussi en te donnant des diamans, à toi qui es le soleil de ma vie, je ne fais que te rendre ce qui t'appartient. — Voici un Gupidon armé de ses flèches : même formé de diamans, Cupidon cède toujours à ton pouvoir. Les perles qui composent ce collier sont, dit-on, des larmes de l'Aurore : en te voyant, l'Aurore donnerait de nouvelles perles, parce que, jalouse p"e toi, elle en verserait des larmes. Cet aigle d'émeraudes qui, par sa couleur, indique mon espérance, te regardera d'un œil timide, se rappelant que l'aigle seul a le droit de regarder fixement le soleil. Cette chaîne de rubis servira à retenir tes cheveux : pour moi je n'en ai plus besoin; j'ai désormais enchaîné la fortune. Enfin ee souvenir... mais non, ne l'accepte pas ; car tu conserveras, j'espère, le souvenir de Tuzani sans que lui-même le demande*
CLARA. v , .. «;
J'accepte les arrhes, Tuzani ; et, reconnaissante de ton amour, je te promets de les garder jusqu'à la mort.
ISABELLE
Et moi, je vous fais mon compliment à tous deux suc cette union. (À part.) Hélas ! elle augmente encore mon déplaisir.
MALEC.
Allons, unissez vos mains comme vos Ames sont unies.
DON ALVAR , à ClOTCt.
Laisse-moi me mettre à tes pieds.
CLARA
Non, laisse-moi sur ton cœur.
, DON ALVAR
bonheur!
CLARA
Ojoïe!
An moment où ils unissent leurs main* on entend le brait dn tambour.
TOUS
ciel ! qu'entends-je ?
MALEC.
Ce bruit qui résonne dans ces montagnes comme le tonnerre, ce sont les tambours espagnols.
DON ALVAR
Qui jamais éprouva une telle disgrâce?
DON FBRNAND.
Que la fête soit suspendue jusqu'à ce que nous sachions ce qui se passe de nouveau.
DON ALVAR
Hélas 1 seigneur, ne le vois-tu pas? Quoi de plus nouveau que mon bonheur? Au moment où le soleil commençait à briller dans mon ciel, les armes de l'Espagnol, viennent éclipser ses rayons.
Entre ALCOUZCOUZ, portant une besace.
ALC0UZC6UZ.
• Grâces à Mahomet et à Allah, me yoici enfin à vos pieds. '
-« ... DON ALVAR
D'où viens-tu donc, Alcouzcouz ?
ALCOUZCOUZ.
Maintenant être tous réunis.
'' . DON FBRNAND.
Que t'est-il arrivé ? .
ALCOUZCOUZ. ,
Moi aujourd'hui être à mon poste, lorsque tout-à-coup armer, comme en poste/ un Espagnol qui me prendre par derrière. Avec deux autres, lui me mener vers don Juan qui est arrivé ; moi? feindre le crétin, et dire croire en Dieu ; alors eux point tuer moi, et moi rester captif du soldat, qui pourra bien s'en vanter. Lui, en cachette de ses camarades, me demander à moi le chemin de l'Alpojarra, et moi, pas bête, lui répondre que moi l'y conduire. Lui me donner à porter sa besace, où avoir mis son dîner, et puis tous deux entrer dans un petit sentier. Mais quand nous voir bien seuls, moi prendre mes jambes à mon cou et m'enfuir dans la montagne, et lui demeurer sans captif et sans dîner. Lui vouloir me suivre ; mais une troupe de Mores être venue, et lui s'en retourner. Alors moi venir te dire que don Juan-qui-triche être tout près dans la campagne, et avec lui le grand marquis de Montèche, le comte de la Belette, le marquis de Luzbel, et celui qui dompte les soldats les. plus flegmatiques, don Lope Figure-de-Roi, et enfin don Sanche-Devine *. Tous aujourd'hui marcher sur l'Alpojarra contre toi.
DON FBRNAND.
Il suffit. {Aux Morisques.) Une semblable nouvelle est faite pour plaire à notre courage.
ISABELLE
Déjà sur le penchant de cette haute montagne, derrière laquelle le soleil va éteindre sa clarté, on voit confusément descendre les escadrons armés qui foulent notre territoire.
MALEC.
Grenade a réuni tout ce qu'elle a pu de troupes pour cette expédition.
1 Nous avons déjà remarqué que Alcouzcouz arrange à sa guise les noms propres comme il arrange la syntaxe.
E yo venir con aviso
De que yd muy cerca dexo
Don Juan de Andustrià en campana
A quien decir que acompana
SI gran marques de Mondejo
Con el marques de Lu%bel,
Y el que frematieos doma Don Lope Figura-Roma, '•
Y Sancho-devil con cl, etc., etc.
DON FKRNAND.
Le monde, et mente plusieurs mondes, seraient peu pour nous vaincre, alors même que celui qui marche sur notre impénétrable retraite serait le fils de Mari au lieu d'être celui de Charles-Quint. Qu'ils couvrent d'apprêts militaires la cbatne entière de ces montagnes, ces montagnes seront leurs tombeaux, et ces rochers leur serviront de monumens funèbres. Et puisque enfin la fortune nous offre l'occasion de les combattre, qu'ils nous trouvent sous les armes, prêts à lutter contre toutes leurs forces. Pour cela, que chacun retourne à son poste. Toi, Malec, à Galère ; toi, Tuzani, à Gabia; moi, je reste à Berja. Que celui de nous sur qui le destin fera tomber le premier choc des chrétiens compte sur la protection d'Allah, car c'est la'cause d'Allah que nous défendons. Retourne à Gabia, mon cher Tusani, et ces fêtes qu'attend ton amour impatient, nous les célébrerons après la victoire.
Tous sortes t, excepté dou Alvar, dofia Clara, Alaraicom et Béatrix (tara].
CLARA
mon bonheur! 6 ma joie!
Ne dites pas à qui tous êtes.
DON ALVAR
Car à Votre peu de durée, Il se voit bien que vous êtes à moi.
CLARA
Félicités trompeuses, Qui expira avant de voir le jour.
DON ALVAR
Roses cueillies avant le temps, Fleurs tombées avant le Jour ,
CLARA
Si fanées et flétries , Vous tombez au premier souffle ,
Ne dites point que vous donnez le bonheur ,
CLARA
Puisqu'on ne peut vous posséder.
DON ALVAR
Non , non , mon bonheur , ma joie, Ne dites pas à qui vous êtes.
CLARA
Car à votre peu de durée Il se voit bien que vous êtes à moi ' .
DON ALVAR
Dans un si grand ennui, j'ose a peine, chère Maléca, t'adresser la
« Nous avons cru devoir abréger cette espèce de du* qui ne peut avoir de charme qu'écrit en vert espagnols, et par Calderon.
JOURNÉE II, SCENE IL 2tt*
parole. Hélas t au moment où l'amour me promettait la victoire la plus douce et la plus désirée, voilà encore moir%spoir ajourné. Aussi dois-je me taire, car ma bouche serait impuissante à t' exprimer les sentimens qui agitent mon cœur.
CLARA
Oui, mon ami, garde le silence; il convient mieux à une situation aussi triste. Et d'ailleurs à moi-même il me serait difficile de t'entendre ; car mon esprit, préoccupé de mes chagrins, pourrait difficilement prêter sou attention à tes paroles. Quelle infortune que la nôtre, puisqu'elle nous refuse, à toi de me donner, à moi d'écouter des consolations!
DON ALVAR
Le roi m'envoie à Gabia lorsque tu restes à Galère ; et l'amour, vaincu par l'honneur, cède en gémissant à sa puissance. Demeure donc ici , 6 mon épouse I sous la protection paternelle ; et fasse le ciel que l'ennemi qui nous menace tourne ses forces contre le pays où je vais, en respectant les lieux que tu habites !
CLARA
Ainsi donc je ne te verrai plus jusqu'à la fin de cette guerre?
DON ALVAR
Non paal je viendrai te voir toutes les nuits. Les deux places nt sonftéparées que par Une distance de deux lieues* Cette distance» mon amour la franchira rapidement.
CLARA
Oui, je sens moi-même que des obstacles plus grands encore ne pourraient pas arrêter l'amour. Moi, chaque soir je t'attendrai sur le haut du rempart.
DON ALVAR
Et moi, sûr de ta tendresse , j'irai tous les soirs à l'endroit indiqué... Adieu... Mais en nous séparant, donne-moi un baiser pour gage de ta foi.
On entend un brait de tambours CLARA*
Hélas t voilà le tambour qui résonne de nouveau.
DON ALVAR
Quel contre-temps 1 Quelle disgrâce 1 Quel ennui t Quelcèagrini C'est donc là aimer?
C'est mourir.
CLARA
DON ALVAR
CLARA
DON ALVAR
Hélas t l'amour n'esf qu'une pénible mort.
IU sortent. AJcoozoottz reste avec Béairix.
BÉATRIX
Puisque nous Yoilà seuls, approche, Alcouzcouz.
ALCOUZCOUZ.
Cette amabilité, ma petite Zara, être pour le bissac ou pour moi?
BÉATR1X.
Quoit toujours le même!... toujours sans souci lorsque tout le monde est dans la tristesse 1 — Ecoute.
ALCOUZCOUZ.
Cette gentillesse, ma petite Zara, être pour moi ou pour le bis-
sac t.« . i
BÉATRDC.
C'est pour toi. Mais puisque tu manques ainsi des égards que tu dois à mon amour, je yeux voir ce qu'il y a dans le bissac.
ALCOUZCOUZ.
Alors la chose être claire. C'était pour lui et non pour moi.
BBATBJX.
Quoi 1 voilà du porc 1 tu ne crains pas de porter cela avec toi T — Ciell que vois-je? du vint... — Tout ce que tu as là, Alcouzcouz, est du poison. Je ne veux ni le toucher ni le voir; et toi, prends garde ; tu es perdu pour toujours si tu en goûtes.
Bile sort.
alcouzcouz, seul.
Tout cela être du poison 1 — Oui, il faut le croire, Zara lendit, et Zara se connaître en poison. Puis Zara l'avoir vu, et Zara, qui est si gourmande, n'avoir pas voulu le goûter... oh ! oui, c'est du poison.-— Le crétin, sans doute, avoir voulu tuer Alcouzcouz... Oh! le vilain ! Maïs le grand prophète Mahomefrm'avoir délivré parce que moi lui offrir d'aller à la Mecque voir son jambon. (Bruit de tambour.) Bon ! encore le son de ces damnés tambours 1 et puis toute la montagne pleine de soldats 1 Moi courir vers Tuzani. — Y a-t-il quelqu'un ici qui vouloir de mon poison *?
Il sort.