‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnolChapitre 46 sur 113 · Cosa es cierta · texte numérisé non relu

Cosa es cierta

Que cnmen barro, 6 estân

Opilados.

Celte sorte de goùl dépravé qui porlc à manger les choses même les plus nuisibles se voil assez fréquemment en Espagne, surtout chez les jeunes iilles qui passent à l'àgc nutiile. — Les promenades du matin étaient recommandée? pour les obstructions.

BCSBBIO.

Je n'essaierai point de le nier : ils sont tous de ma main.

LISARDO.

F.h bien ! moi, je suis Lisardo de Sens, fils de LJsardo Currio. Mon père, par suite d'une prodigalité sans bornes, a consumé en quelques années le bien que lui avaient laissé ses ancêtres, sans songer combien coupable est l'homme qui par ses dépenses excessives rend pauvres ses enfans; mais enfin la nécessité, bien qu'elle soit une tache pour la noblesse, n'exempte pas des devoirs qu'elle impose. Donc Julia— le ciel sait combien il m'en coûte de prononcer ce nom ! — ou n'a point su observer ces devoirs, ou ne les a jamais connus... mais enfin Julia est ma sœur. Plût à Dieu qu'il n'en fut pas ainsi!... Et songez qu'aui femmes de sa naissance on ne fait pas la cour au moyen de billets doui , ni de propos galans , ni de messages secrets, ni d'infimes entremetteuses. Je ne tous accuse pas, vous, en tout ceci; je conviendrai même, s'il le faut, que je me serais conduit comme vous si une dame m'eût autorisé à lui rendre des soins; mais je vous accuse, parce que vous étiez mon ami, et c'est là ce qui vous rend plus coupable à mon égard. Si ma sœur vous a plu pour femme, car je ne pense pas que vous l'ayez jamais regardée dans une autre intention... je ne crois pas même que vous ayez pu vous flatter de l'espoir de l'obtenir... car, vive Dieu! plutôt que de la voir mariée avec vous j'aimerais mieux la voir morte de mes mains... Enfin, si vous la souhaitiez pour femme, ' il eût été juste de faire part de vos désirs à mon père plutôt qu'à elle ; ce procédé vous était indiqué par l'honneur ; et alors mon père eût examiné s'il lui convenait de vous l'accorder, et, si je ne me trompe, il n'y eût point consenti; car, en pareille circonstance, lorsqu'un cavalier ne peut pas donner à sa fille une fortune proportionnée à sa qualité, plutôt que.de faire une mésalliance, il la met dans un couvent. — C'est le parti auquel mon père s'est arrêté à l'égard de ma sœur Julia ; et demain, sans plus de retard, de gré ou de force elle prendra le voile. Et comme il ne serait pas bien qu'une religieuse conservât des gages d'un si fol amour, d'une si honteuse faiblesse, je les remets en vos mains, bien résolu non pas seulement à m'en défaire, mais à me défaire aussi de l'homme de qui elle les tient. Tirez donc votre épée, et que l'un de nous reste ici mort; vous, pour que vous ne continuiez pas vos assiduités, ou moi pour que je n'en sois pas témoin.

EUSEBIO

Abaissez votre épée, Lisardo ; et puisque j'ai eu assez de sangfroid pour entendre tout ce que vous m'avez dit de méprisant, veuillez écouter ma réponse. Et, bien que le récit de mes aventures soit long et qu'il puisse paraître inutile à voire impatience, puisque nous sommes seuls et que nous devons nous battre, et que l'un de nous doit mourir; cependant, pour le cas où le ciel permettrait que je

JOURNÉE I , SCÈNE I. 1 \ l

$um>n) busse, écoutez des prodiges qui étonnent et des merveilles qui confondent, que ma mort ne doit pas laisser ensevelis dans un éternel silence. — J'ignore qui fut mon pcfe, mais je sais que je naquis au pied d'une croix, et que j'eus pour berceau une pierre» Rien de plus singulier que ma naissance, s'il faut en croire les bergers qui me trouvèrent de la sorte à la partie inférieure de ces montagnes. Ils disent que trois jours durant ils entendirent mes cris , mais qu'ils ne vinrent pas dans le lieu sauvage où j'étais, par crainte des bêtes féroces. Pour moi, je ne reçus d'elles aucun mal : sans doute elles respectèrent la croix qui me protégeait. Un berger, qui par hasard était venu à la recherche d'une brebis égarée, me trouva où j'étais, me porta au village où demeurait Luscbio, lequel n'y était pas venu en ce moment sans motif, lui conta ma naissance miraculeuse, et la clémence du ciel vint en aide à la sienne» Ce seigneur donna l'ordre que l'on me portât dans sa maison, et m'y fit élever comme son fils. Je suis donc Eusebio àe la Croix; mon nom me vient de lui et de celle qui fut mon premier guide et ma première garde... Je me livrai par goût aux armes et aux lettres par passe-temps... Eusebio mourut, et j'héritai de son bien... Si ma naissance fut prodigieuse, mon étoile ne l'est pas moins ; car elle est tout à la fois mon ennemie et ma protectrice; car tout à la fois elle me met en péril et me conserve. Je n'étais encore qu'un enfant à la mamelle, lorsque mon naturel farouche et barbare montra ses cruels penchans : avec mes seules gencives, mais animé d'une force diabolique, je déchirai le sein où je puisais ma nourriture. Désespérée de douleur et aveuglée de colère, la femme qui me nourrissait me jeta dans un puits à l'insu de tout le monde. Mais on entendit ma voix, on descendit où j'étais, et l'on me trouva, dit-on, sur les eaux, mes tendres mains placées en croix sur mes lèvres. 1 ... Un jour le feu se mit à la maison, et la flamme impitoyable fermait toute issue et tout passage ; cependant je demeurai libre au milieu des flammes sans en être atteint ; et depuis, me demandant pourquoi la flamme m'avait épargné, je découvris que ce jour-là était le jour de la Croix 2 ... Je contais à peine trois lustres lorsque, allant â Rome par mer, je fus assailli par une affreuse tempête, dans laquelle mon vaisseau heurta cou tre un écueil caché, s'entr'ouvrit et se brisa : embrassant un madrier, je pus gagner la terre sain et sauf; mais ce madrier avait la forme d'une croix... Un jour, cheminant avec un autre homme dans les chaînes de ces montagnes escarpées, je m'arrêtai pour prier devant une croix que l'on avait placée au partage de deux chemins; pendant ce temps mon compagnon continua sa route; ensuite m'étaut hâté pour le rejoindre, je le trouvai qui avait été massacré

' D'ordinaire les Espagnols représentant la croix en posant le pouce transversale* mont sur l'index.

' La fête de la Croix se célèbre le troisième jour de mai.

par des brigands... Un autre jour, dans une querelle, atteint d'un coup d'épée, je tombai à terre sans pouvoir riposter; et lorsque tout le monde me croyait perdu, on trouva seulement la marque de l'épée sur une croix que je portais suspendue à mon cou et que l'épée avait frappée... Une autre fois, comme je chassais dans cette montagne déserte, tout-à-coup le ciel se couvrit de noirs nuages, déclara la guerre au monde avec d'épouvantables tonnerres, et déversa sur nous une pluie si épaisse qu'on eût dit des lances et des pierres; I; s autres chasseurs se réfugièrent sous les arbres et les broussailles, comme sous une tente de campagne, et au même instant un coup de foudre réduisit en cendres deux d'entre eux qui étaient les plus rapprochés de moi. Étonné, troublé, confus, j'allai voir ce que c'était, et je trouvai à mes côtés une croix qui est, je pense, la même qui assista à ma naissance et que je porte empreinte sur ma poitrine ; car le ciel doit m' avoir désigné par elle à manifester les effets de quelque cause secrète. — Mais bien que je ne me connaisse pas moi-même, un tel esprit m'anime, une telle âme me remplit et m'enflamme , qu'elle me donne le courage de mériter Julia, si, comme je l'espère, la noblesse acquise ne vaut pas moins que celle que Ton a eue par héritage. Voilà ce que je suis. Et bien que je pusse vous donner toute satisfaction, je suis tellement irrité de votre langage outrageant que je ne veux ni me justifier ni entendre vos plaintes. Et puisque vous vous opposez à ce que je sois le mari de votre sœur, ni sa maison, ni un ceuvent ne la sauveront de mes poursuites, et celle que vous m'avez refusée pour épouse je la prendrai pour dame *. C'est ainsi que mon amour désespéré et ma patience offensée veulent châtier vos mépris et venger mon affront.

LISARDO.

Eusebio, où l'épée doit parler la langue doit se taire. (//* se bâclent . Lisardo tombe.) Je suis blessé!

EUSEBIO

Quoi ! vous n'êtes pas mort?

LISARDO.

Non ! et j'ai assez de force dans le bras pour... (// essaie de se relever et tombe de nouveau.) Hélas l le sol se dérobe sous moi.

EUSEBIO

Et la vie va bientôt vous quitter.

Ne permettez pas du moins que je meure sans confession.

EUSEBIO

Meurs, infâme.

LISARDO.

Ne me tuez pas, je vous en conjure par cette croix sur laquelle le Christ est mort.

1 Nous n'avons pas besoin de dire quelle est ici la signiUcalion ju mot danu f que nous avons traduit exactement.

EUSBBIO.

Ce seul mot vous a sauvé. Levez-vous. En entendant cette invocation, je perds toute colère et mon bras est sans force. Levez-vous.

LISARDO.

Je ne puis, car ma vie s'échappe avec mon sang; et si mon âme n'est pas encore partie, c'est que sans doute, parmi tant d'issues, elle ne sait par laquelle sortir.

EUSEBIO

Eh bien ! reprenez courage, et confiez-vous à moi. Ici presse trouve un petit ermitage de moines pénitens ; et si vous y arrivez encore en vie, vous pourrez là vous confesser.

LISARDO.

Eh bien ! en récompense de votre pitié, je vous donne ma parole que si je mérite de me voir en la divine présence de Dieu, je lui demanderai que vous ne mouriez pas, vous non plus, sans confession.

Eusebio son en portant Lisardo dans ses bras.

GIL sort de l'endroit où il était caché, et de l'autre côté entrent BLAS,

T1RSO, MENGA et TOR1B10.

gil, à part.

A-t-on jamais vu!... La charité est bonne!... mais pour ma part je l'en remercie !... Le tuer, et puis l'emporter sur ses épaules !

toribio, à Menga.

Ne disais-tu pas que tu l'avais laissé ici ?

MENGA.

Oui, je l'ai laissé ici avec la bête.

TIRSO

Vois-le là-devant tout étonné.

MENGA.

Que regardais-tu là, Gil ?

gil.

Ah ! Menga !

TIRSO

Que t'est-il arrivé ?

gil.

Ah ! Tirso ?

TORIBIO.

Qu'as-tu donc vu? Réponds-nous.

GIL

Ah ! Toribio !

BLAS

Dis-nous donc ce que tu as, Gil , et d'où viennent tes lamenta* tions?

gil.

Ah! Blas! ah! mes amis!... j'en suis encore tout hébété... Figurez-vous qu'il l'a tué et l'a chargé sur ses épaules. 11 l'emporte sans doute pour le saler.

«ne*.

Oui I a toi?

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