‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnolChapitre 51 sur 113 · ME.X6A · texte numérisé non relu

ME.X6A

Je suis si chanceuse, que nous sommes capables de le rencontrer.

GIL

Ne suis-jc pas avec toi, Mcnga? Que peux-tu craindre de ce capitaine de guerdins ' ? Va, n'aie pas peur; je porte une fronde et un bâton.

MENC.A.

Vois-tu, G il, je crains sa manière d'agir, à ce vilain homme. "Rappelle-toi ce qui est arrivé à Silvia lorsqu'il l'a rencontrée ici. Elle (Hait venue demoiselle à la montagne, et dame elle s'en est retournée ; et c'est à considérer.

Gif,.

Le scélérat!... S'il allait m'en arriver autant 2 ?

Gil cl Mcnga voient tout -à-coup EUSEBIO devant eux.

menga, à Eusebio.

Ah! seigneur, prenez garde On dît qu'Eusebio est p»* ici.

GIL

Ne restez pas de ce côté, seigneur.

eusebio, à part, lis* ne me connaissent pas. Dissimulons avec eux.

GIL

N'avcz-vous pas peur que ce brigand vous tue?

EUSEBIO

Comment pourrai-je, mes amis» vous payer cet avis?

GIL

Xous ne demandons rien ; nous vous engageons seulement à vousméfier de ce mauvais sujet.

MENGA.

S'il yous attrape , seigneur, bien que yous ne lui ayez ni rien

' Il y a dans le texlc capitaux de bunuleros. Or le mol bunuteros n'est pas espagnol , it e>l de la fabrique de Culderon, qui S'est amuse à m élire dans la bouche de Gil (lu lioufkm delà pièce], un mot qui eût de la ressembhnee avec bandoleros (brigands) el bm'ioleros [ manliauds de beignets ). C'est pourquoi nous demandons de l'indulgence pour nolie traduction.

8 Nous n'avons pas cru devoir traduire exactement ces trois vers

Conmigo fuera cruel, Que tambien entro doncil Y pudiera salir dueûo.

fait ni rien dit, il vous tuera sur-le-champ; ensuite il vous enterrera; puis il vous mettra dessus une croix, et il pensera que vous lui devez, pour la peine, de la reconnaissance.

Entrent RICARDO et CELIO.

RICARDO

Où l'as-tu laissé?

CELIO

GIL

Croyez-moi, n'attendez pas ce voleur.

RICARDO

Que voulez-vous, Eusebio ?

gil, bas, à Menga.

Ne l'a-t-il pas appelé Eusebio?

menga, bas, à Gil.

Oui.

eusebio, à Gil et à Menga.

En effet, mes amis, c'est moi qui suis Eusebio... Qu'avez-vou* donc contre moi? Vous ne répondez pas ?

MENGA.

Allons, Gil, toi qui as la fronde et le bâton.

GIL

J'ai le diable qui t'emporte !

CELIO

Dans la paisible vallée qui est entre la montagne et la mer, j'ai vu une foule de paysans armés qui viennent contre vous, et qui ne tarderont pas à paraître. C'est Curcio, je pense, qui les conduit, avec le désir de se venger. Voyez ce que nous devons faire: le mieux ne serait-il pas de réunir la troupe et de partir ?

EUSEBIO

Oui ,. partons ; j'ai pour cette nuit un projet important. Venez tous deux avec moi, vous, mes plus chers compagnons, à qui je me confie de préférence.

RICARDO

Vous avez bien raison, vive Dieu!.... car je me ferais tuer pour vous s'il le fallait.

eusebio, à Gil et à Menga.

Drôles que vous êtes, je vous laisse la vie à condition que vous porterez de ma part un message à Curcio. Vous lui direz que moi et ma brave troupe nous ne voulons pas l'attaquer et ne cherchons qu'à nous défendre; qu'il n'a aucun motif de me persécuter comme il fait, puisque je n'ai point donné la mort à son fils par trahison ; que je l'ai tué en nous battant corps à corps , à armes égales , et qu'avant qu'il eût rendu le dernier soupir, je l'ai porté dans mes bras en un lieu où il pût se confesser ; que son père devrait «l<«v

être reconnaissant ; et que s'il cherche ma perte , je me défendrai, (il Rieardo et à Celio.) Et maintenant, pour que ces paysans ne voieot pas où nous allons, attachez -les à ces arbres, les yeux bandés, aQn qu'ils ne puissent rien dire.

MCARDO.

Voici une corde.

CEMO.

Faisons vite.

On attache a des arbres Gil et Menga.

Voilà qu'on m'a mis comme un saiut Sébastien *. '

MK.NGA.

Et moi comme une sainte Sébastienne 2 . Mais attachez-moi tant qu'il vous plaira, seigneur ; tout ce que je demande, c'est qu'on ne me tue p«is.

GIL

Écoutez , seigneur ; ne m'attachez pas , et que je sois un fichu gueux si je m'en vais 3 . Fais le même serment, toi, Menga.

CELIO

Les voilà bien attachés.

EUSEBIO

A cette heure, allons exécuter mon projet. La nuit commence à étendre au loin ses sombres voiles. Julia! vainement le ciel luimême te garde; bientôt je vais posséder ta beauté!

Les brigands sortent, laissant Gil et Menga attaches. GIL.

Si quelqu'un venait, Menga !... Bien qu'il nous en coûte cher, on ne pourra pas dire que ce n'est pas ici le Peralvillo du pays 4 .

MENGA.

Viens par ici Gil, car je ne puis bouger.

Viens d'abord me délier, Menga, et aussitôt après je te rendrai le même service.

MENGA.

Viens d'abord, toi , tu m'ennuies de me faire attendre.

GIL

Il faudra bien qu'il vienne quelqu'un à la fin. Et s'il ne passe pas de muletier, il passera toujours bien ou un voyageur, ou un

1 Saint Sébastien est représenté attaché à an arbre. * Nous avons traduit mol à mol :

De San Sebastiana à mi.

1 L'espagnol dit, Iputo sea etc. Puto est le masculin députa , horrible mol que nous n'osons traduire littéralement.

4 Peralvillo est un bourg d'Espagne , près de Ciudad-Rodrtgo , où les archers de la Saiulc-Hermandad avaient coutume d'exécuter, avant tout procès, saur à voir ensuite, les criminels qu'ils avaient arrêtés en flagrant délit. De là , pour dire ca espagnol un* justice expéditive, on dit, La justice et Peralvillo,

étudiant, ou quelque quêteuse charitable '; car ça n'a jamais manqué. Mais, hélas! c'est ma faute à moi.

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