‹ Chefs d'œuvre du théâtre espagnolChapitre 94 sur 113 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

La «saison du gouverneur. Une chambre. La auit. Bottent LISARDA et NICE, qui tient«n flambeau.

LISARDA.

NICE

LISARDA.

NICE

LISARDA.

NICE

LISARDA.

Nice?

Madame?

Mon père est-il couché?

Oui, madame.

Et don Juan ?

II repose.

Et notre prisonnière ?

NICE

Elle est sans doute à pleurer dans son lit, car elle passe toutes les nuits à se lamenter et à gémir.

LISARDA.

Ce sont ses larmes qui causent mon inquiétude. Ce cavalier peutêtre... Et Celia, que fait-elle?

1 Todas vuesas tnerœdes Sean testigos que huvo Un lacayo que se quede.

Outre le compliment obligé qui termine toutes ses pièces, Calderon s'adresse souvent au parterre, surtout dans ses comédies de cape et d'épée, par l'intermédiaire du gra etoso. — Cela n'est arrivé, je crois, qu'une seule fois à Molière, dan« l'Avare.

NICE

Elle guette en secret à la porte l'arrivée de ce galant.

LISARDA.

Quand il entrera, traitez-moi Tune et l'autre sans cérémonie. Je ne veux pas qu'il sache qui je suis. Il faut qu'il pense, en me voyant en ce lieu, que je suis la dame qu'on y a mise en prison, et que c'est à cause de lui que le gouverneur m'a arrêtée.

mes.

Nous nous conformerons à vos désirs.

LISARDA.

Ne l'oublie! pas l'une et l'autre.

NICE

J'entends marcher dans le corridor d'un pas craintif.

LISARDA.

Ce sera lui, sans doute.

Entrent GELIA et, derrière elle, DON CÉSAR.

don césar, à part.

Que le silence et les ténèbres de la nuit me soient favorables!

CELIA

Pas de bruit ; ma maîtresse Lisarda n'est pas encore au lit, et le gouverneur couche ici près.

don césar, à part.

Que l'amour me prête ses ailes 1

LISARDA.

Soyez le bienvenu.

DON CÉSAR

Vos yeux ont guidé mes pas comme deux lumières resplendissantes.

LISARDA.

Ma chère Celia, placez-vous, je vous prie, à cette porte qui répond à l'appartement de votre maître, et soyez alerte.

CELIA

N'ayez pas peur.

J r r Elles'éloigne.

LISARDA.

s, Nice, mon amie, tenez-vous du côté de la chambre de tresse.

NICE

Me.

LISARDA.

ignez-vous, ma bonne ?

NICE

je songe que Lisarda, ma maîtresse, est là, il me prend au serrement ..

LISARDA.

'avez rien à redouter en gardant cette porte.

NICE

Il le faut bien. Ma maîtresse Lisarda est un démon... Elle serait femme à se porter à mille extrémités si elle apprenait ce qui se passe chez elle.

Elle s'éloigne.

DON CÉSAR

madame 1 combien mon âme soupirait après l'occasion de tous parler. Je vis dans un labyrinthe d'incertitudes où mon esprit sans cesse s'égare... J'ai beau m'ingénier, il m'est impossible de trouver et même d'entrevoir le motif de ma prison.

LISARDA.

Cependant tous devriez comprendre aisément que Ton cherchait une femme que vous avez enlevée, et qu'on m'a arrêtée à sa place.

DON CESAR

Une femme, dites-vous?

LISARDA.

Oui.

DON CÉSAR

Moi, j'ai enlevé une femme?

LISARDA.

Oui. ,

DON CÉSAR

J'avais avec moi une femme?

LISARDA.

Oui.

DON CÉSAR

Quelque esprit que vous ayez, madame, c'est une mauvaise défaite que vous avez imaginée là pour dissiper mes doutes... Quoi doncl serais-je un homme assez vil ou assez peu digne d'amour pour ne devoir pas inspirer de jalousie?... et si j'avais eu avec moi une femme que j'aurais enlevée, comme vous dites , aurait-elle donc souffert si aisément que je pusse vous parler et vous voir?... Vous, madame, au contraire, pleine de trouble, vous m'avez donné à eutendre qu'il importait que vous ne fussiez pas reconnue, et aussitôt après, vous avez montré une terreur comme je n'en ai jamais vu. Donc vous aviez sujet de vous tenir sur vos gardes ; donc l'on ne vous a pas arrêtée pour une autre ; donc si l'on vous retient encore prisonnière aujourd'hui que l'on doit être désabusé, je suis fondé à croire que c'est probablement quelque cavalier jaloux qui aura voulu par là se venger.

Quoi doncl vous dirai-je à mon tour, aurais-je eu, moi, un galant si méprisable et si vil qu'il eût été capable de venger aussi bassement son injure?... Je ne suis pas, moi non plus, une femme si peu digne d'amour que je ne puisse inspirer de la jalousie ? Croyez-les

LISARDA.

NICE

CELIA

je suis une dame principale de cette ville, et cela n'a pas empêche qu'il ne m'arrivàt le malheur dont vous avei été témoin.

don cisAR.

Je vous crois, madame, mais je voudrais savoir qui vous êtes.

LIS ARDA

Est-ce de votre part une vive curiosité?

DON CÉSAR

Oui, madame, vous n'en doutez pas.

USARDA.

Tenez-vous beaucoup à avoir satisfaction sur ce point?

DON césar.

On ne peut davantage.

LISARDA. '

Eh bien!... asseyez-vous là.

Au moment où don César Ta pour s'asseoir, un mouvement fait partir le pistolet.

Dieu me soit en aide!

Pauvre de moi 1 Je me meurs l Je 8UÎ3 perdue!

DON CÉSAR

Maudit soit le pistolet qui part tout seul !

LISARDA.

Hélas ! grand Dieu !

CELIA

Ah! madame!

NICE

Madame!

le gouverneur , du dehors.

Qu'est ceci ? qui va là ?

LISARDA.

Je n'ai pas la force de répondre.

NICE

Ni moi.

CELIA

Ni moi.

LISARDA.

Ah ! seigneur cavalier !

DON CÉSAR

Comment ne pas se désoler d'un malheur causé par le hasard (

Regarde un peu, Celia... mon père! «

CELIA

A la faible lumière qui est dans sa chambre, il me semble le voir debout qui s'habille.

lis arda. u * Ce sera la fin de ma vie.

don césar.

Que dois-je faire, madame?

LISARDA.

Sautez par cette fenêtre. — Elle donne sur la cour, et la cour mène au portique. — Puis tous ouvrirez. Mon infortune est telle que j'ai bien plus à craindre que vous ne présumez...

, DON CÉSAR

Comment cela ?

LISARDA.

Vous le saurez plus tard. Je vous donne ma parole que je vous apprendrai bientôt qui je suis.

don césar , $' approchant de la fenêtre.

Au risque de me tuer, madame... Mais c'est pour vous.

Il saute par la fenêtre.

LISARDA.

ciel ! sauvez-le !

Entre LE GOUVERNEUR.

Qui donc est sorti d'ici tout à l'heure ?

LISARDA.

Personne... seigneur.

LE GOUVERNEUR

Qu'avez-vous ? d'où vient votre trouble?

LISARDA.

C'est ce pistolet dont la détonation m'a effrayée.

Du bruit au dehors.

LE GOUVERNEUR

Et quel est ce bruit ?

LISARDA.

Moi , seigneur... je ne sais rien.

LE GOUVERNEUR, à part.

Prenons toujours ce flambeau... bien que, si j'ai perdu l'honneur, je n'espère pas que ce flambeau me serve k retrouver l'honneur.

Il sort.

LISARDA.

Retirons-nous d'ici.

NICE

Ahl madame!

CELIA

Quelle imprudence !

Elles sortent.

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