ACTE I, SCÈNE I. 4'i
mais cet amour commença dans le crime. Oui, ce fut lui qui fît descendre au tombeau Constance^ dévorëe de chagrins ; Constance , cette princesse infortunée qui, si je n'eusse pas existé, eût peutêtre été heureuse ; qui, chérie de son époux, viyrait encore. J'ai été la cause de tous ses maux, j'ai trahi son amitié, je l'ai payée d'ingratitude, je suis devenue sa rivale. 0 ciel! je l'ai fait mourir 0 crime involontaire! crime détestable!... Oui, Constance, tes fureurs sont justes ; entraine- moi avec toi dans la tombe ; achève de me punir et de te venger. Mais que dis-je?.... Non,... épargne ma vie ; celle dtt prince y est attachée , et tu ne peux pas vouloir empoisonner ses jours. La mort, non, la mort ne peut certainement pas éteindre une passion qui t'a privée de l'existence. Du fond même de la sépulture tu l'adores encore , et peut-être que pleine de compassion tu m'excuses. Qui doit mieux que toi savoir que les forces humaines ne peuvent résister à l'amour de don Pèdre , à ses efforts ! Si , sans être aimée, tu l'as tant chéri, pourrai- je ne pas le payer de retour quand il m'aime ? Le ciel sait combien de temps j'ai lutté en vain contre mon propre cœur : cojHÇàbiei^ de fois j'ai appelé à mon aide la vertu et la raison. «. Inutile recours! la raison se tait quaqd Tamour parle. Triompher de passions égales à la mienne !... Non , les malheureux mortels n'ont pas autant de pouvoir... Mais que viens-je de proférer, malheureuse ? je vais jusqu'au Uasphème ! . . . Pardonne, grand Dieu, à mon délire; j'ai été criminelle. Seigneur, c'est ce qui cause ma douleur, mai^ j'adore ta justice et je la crains.
ELYIRE.
Le ciel est juste, Inez, le ciel t'absout. Ton âme, où la vertu a toujours existé , prend pour de graves délits des fautes légères. Tranquillise tes sens, modère ton affliction.
INEZ
Bientôt la mort mettra un terme à mes cha:grins.
ELVIRE
. 0 ciel ! dans le printemps de tes années , lancée au milieu d'une mer de chagrins maginaires, tu cherches à terminer tes jours, sans te souvenir que de ta vie dépend celle de ton époux, que si jamais une seule de ces larmes que tu répands coulait devant le prince , elle suffirait pour désoler ce tendre cœur dont tu dois faire la félicité. S'il te trouvait mfaintenant dans cet état, quelle douleur éprouverait son âupie ! Je t'en supplie par son amour, essuie tes larmes ; bannis les afflictions dans lesquelles tu te plonges.
INEZ
Plût à Dieu que je pusse les éloigner! mais je chercherai à les réprimer au moins , afin que mon époux ne participe point aux maux et aux horreuiB qui m'environnent. Que le ciel m'opprime et me châtie , qu'il tourne contre moi sa vengeance ; mais qu'il "ne répande sur lui que des plaisirs. Je désire bien plus son repos que le mien. Quels efforts n^ faisrje pas continuellement pour lui montrer un visage satisfait? Afin de ne point l'affliger,... oh! combien de fois je retiens etj'étouffeaufond de mon