‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 108 sur 292 · ACTE III, S€ÉNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SۃNE V

* jouissons-nous pas sous sa protection d«s plus grandes félicités ? quelle alliance ton génie inquiet pre*tend-il contracter avec un royaume étranger à nos usages, et qui se trouve dans les terres les plus éloignées? Les vices qui haBitent ces climats viendront corrompre ton peuple dans son innocence : ces métaux que l'on rencontre si facilement ici , faisant naître bientôt d'avides désirs, engageront des millions de factieux à venir dépouiller de leurs biens tes malheureux sujets , et à te préparer à toimême un semblable destin. Ouvre les yeux à la lumière de ces vérités ; je suis ton allié par la nature^ par les lois du cœur, par l'honneur et le courage : unis-toi à moi, et allons courageusement repousser dans les ondes en fureur ce ^ vil troupeau d'aventuriers.

ATABALIPA.

Ton génie fougueux t'emporte au-delà des bornes de la prudence. Ne nous précipite pas dans l'abîme; appi'ends , ami , que le principal chef de ces êtres que m'envoie ici la Providence m'a fait savoir par son confident qu'il voulait s'allier avec moi; que mon trône serait respecté ; que l'amitié formerait entre nous deux des liens sacrés ; qu'il voulait s'expliquer promptement , mais seulement avec moi. Son caractère m'inspire aujourd'hui une juste confiance.

OSCAR

Vois, Sémira, comme la perfidie emploie ses poisons, et va minant la douce existence de nos cœurs. Sais-tu, ami abusé, que ce monstre veut séduire l'innocence? que ses yeux ont déjà lancé sur ta fille

2'hédlre Portugais, ï 3

ig4 LA CONQUÊTE DU PÉROU,

des regards infâmes / et que tu achèteras au prix de ^ ton propre sang un trône indigne de l'honneur et de la yertu^ quand tu peux soutenir sur le champ de bataille sa gloire intacte y ainsi que sa majesté ? Ah ! crains ma fureur I crains celui qui perd tout ^ même l'espérance !

ATABÀLfPA.

Tu me remplis d'horreur ! La force du malheur n'a pas tant de pouyoir>. Plutôt mourir^ que de devenir traître y infâme et parjure !

SÉMIRA.

Mon cœur ne peut se mettre à prix ; toi-même , seigneur, tu l'as déjà destiné. Les liens qui le lient sont si forts y qu'un injuste destin n'a pas plus le pouvoir de les rompre , qu'un Dieu étranger , qu'un mortel téméraire.

PALIMA.

Pourquoi laissez-vous s'abandonner à des craintes vagues vos coeurs affligés? chercher le remède quand la disgrâce accable^ est une loi qui commande impérieusement aux* âmes courageuses : se laisser attérer par une légère rumeur n'appartient qu'aux êtres faibles. Remplis^ cher époux ^ avec fermeté les traités ; mais si les lois de l'honneur exigent qu'on ne ménage point des hommes injustes, préfère plutôt mourir que d'être parjure. Ils doivent savoir, ces êtres menaçans qui nous appellent sauvages , que la vertu a plus de pouvoir dans nos âmes que l'amour si puissant de l'existence.

OSCAR

Ce ne sont pas des bruits vagues qui déchaînent

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