SCÈNE V
ATABALIPA, PIZARRE.
PIZARRE
Ami que le destin m'a fait connaître , quand je cherchais sur ces mers orageuses des continens inconnus y de nouveaux climats interdits aux peuples de l'Europe , mon âme se préparait à des conquêtes, filles de ma valeur. Maître de la foudre y je ne pouvais rien craindre , et en voyant les côtés de ton empire 9 je dis avec transport : u Voici la première récompense que la fortune fugitive me présente. » Je m'élance sur le rivage, et, en m'apercevant de la consternation des habitans, je considère le Pérou comme assujetti. Je le dis avec franchise ; j'ai voulu te détrôner^ et faire proclamer mes lois au bruit effrayant de mes canons; j'ai voulu consacrer au culte prescrit par la sainte religion que je suis et que je vénère, ces temples magnifiques consacrés par toi au soleil. Combien sont différentes les idées qui s'agitent dans mon esprit ! Il faut t'apprendre , ami, qu'au lieu d'un tyran , tu as un compagnon^ un allié puissant et courageux , qui veut te soutenir avec honneur sur le trône des Incas. Tu verras bientôt devenir tes vassaux tous les peuples qui environnent cet empire , et tu peux acheter tant de bonheur en rendant heureux ton noble bienfaiteur, ton ami le plus cher.
2oi LA CONQUÊTE DU PÉROU,
ATABALIPA.
Puissant seigneur, tu me confonds. Comment un mortel dans l'infortune peut-îl être l'arbitre du sort de celui qui commande mêmeauxélëmens? Tes désirs seront des lois pour moi. Je te remercie de ce que tu m'offres dans ta générosité et dans ta grandeur ; plaise au soleil que la vertu resserre ces liens projetés, puisque sans elle les actions des hpn^mes ne peuvent point prospérer !
PIZARRE
Oui, ami , la vertu, l'amour le plus sacré va nous unir pour jamais. Je te découvre mon cœur : c'est de toi que dépend ma félicité. 11 y a peu d'hcures^, je cherchais une distraction à mes soucis dans te charmant jardin de ton palais; le malin Amour était caché parmi les plus belles fleurs, avec une 'flèche toute prête : à peine avais-)e foulé ce doux tapis que le traître a tiré ; le coup plein de charme a pénétré jusqu'au fond de mon cœur. Me sentant blessé, je tourne mes regards du coté où il était parti , et je vois à l'instant l'Amour déguisé sous les traits de ta fille: ses yeux si douix, l'expression charmaorle de sa figure , toutes les grâces qui trouvent en elle un riant asile , achevèrent en un instant de m'asr servir : je me vis esclave au milieu de mes plans de gr^mdenr. Je lui fi& connaître , avec simplicité , l'ardeur de ma. passion; mais, guidée encore par la nature, et faisant ptu d'attention à mes soupirs, elle ne m'exhorta qu'à suivre constamment la marche delà vertu, et elle se sépara de moi avec tant de modestie, que je pus à peine lui demander d'un