‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 115 sur 292 · ACTE IV, SCÈNE V. ao · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. ao

ton craintif qu'elle m aimât. Eloigné de sqs i^gards, je ressens dans mon âme la guem^e des passions ^ et je'prouve déjà que je ne puis exister sans voir Sëmira unie à moi par les liens de l'hymënëe. Donnant une nouvelle splçndeur à cet empire , faisant connaître la lumière céleste des sacrés évangiles , changeant peu à peu des coutumes sauvages contre des usages polis ^ je verrai couler , dans les bras du bonheur, les jours riansde la belle Sémira.

•ATABALIPA.

Si des liens sacrés, contractés en présence du soleil dès lage le plus tendre, et quand les passions endormies reposent dans nos cœurs, n'avaient lié pour toujours ma fille, avec quel plaisir, seigneur, n'accepterais-je pas l'honneur que tu me proposes! mais sa gloire, son coeur même, de justes promesses faites à la lumière que dispense le soleil, sont des obstacles que ne peut vaincre le plus puissant des mortels. Devenir parjure est le plus grand crime que le ciel puisse avoir à punir.

PIZÂRRE.

Quel est l'hojnme heureux qui a tant de pouvoir sur la b^Ue Sémira ? son cœur , ami , en serait-il occupé ? laime-t-elle ? Mon caractère , mon amour, mon pouvoir, sont-ils sans valeur à ses yeux. Et toi^ père ingrat et impolitique, méconnaissant les avantages réels de ton empire , pourras-tu rejeter une alliance dont dépend ton destin ?

ATABALIPA.

Mon destin immortel ne d^épendit jamais de Fin-

ao6 LA CONQUÊTE DU PÉROU,

constance de la fortune. Conserver l^honneur ^ garder mes sermens , ne point me souiller par la perfidie et par la trahison , voilà ce qui a sur mon âme un empire que ne peut me dérober la main du destin. Calme ton agitation : l'homme sage modère l'impulsion fougueuse que suscite cette passion ; ëcoute-moi attentivement , et je suis assuré que si tu es ce dont tu te vantes, si la loi que tu m'annonces d'un Dieu bienfaisant est vraie y tu conviendras à l'instant que je ne puis disposer d'un bien que j'ai déjà cédé par une convention sacrée. OU mon vaste empire a ses limites, on voit commencer le royaume d'un souverain doué de toutes les vertus qui ennoblissent le trône et la majesté ; ma fille , héritière des Incas , ne pouvait rencontrer une alliance plus avantageuse. Ce royaume, uni à mon empire , assurait à nos peuples une paix durable et le bonheur. Oscar n'avait point encore neuf années révolues, quand il vint, par les ordres de son père, me saluer dans Cusco : sa beauté , son esprit afiable, gagnèrent mon affection, et je le traitai bientôt comme un fils. Sémira était presque du même âge ; je me plaisais à observer leurs tendres cœurs quand je les trouvais au milieu de leurs jeux innocens; ils vivaient comme des frères. Ce fut dans ces sentimens qu'ils grandirent , et la flamme d'un vertueux amour s'accrut en même temps dans leur sein. Le père d'Oscar mourut; il était indispensable que le prince allât prendre possession du royaume : ses sujets le pressaient ; cependant , livré à la douleur d'une perte aussi sensible , il éprouvait un regret encore plus vif ^'abandonner Sémira. Ma fiUe

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