SCÈNE V
Les mêmes, excepté PIZARRE.
OSCAR
Ne crains point, cher ami, les menaces de ce superbe Espagnol; ses compagnons tremblent à la vue de cette troupe nombreuse d'intrépides héros qui veulent délivrer leur patrie d'un joug infâme. Toi, que j'adore, Sémira, adieu, je pars; je traînerai bientôt à tes pieds ces dépouilles, fruits de l'ardeur qu'allume dans mon âme notre foi constante et ta gloire. Mon bras vengeur va exterminer cette race; je ferai incendier ces bois ailés et caverneux qui les olît conduits au-dessus des eaux de l'Océan. C'est ainsi que je fermerai la
route qu'un hasard fatal a dëcouYérte a' des impies' qui nous viennent insulter. Adieu, Paltma; tonr fils va se faire couronner par la victoire , et tâcher ëe rendre son nom digne de la patrie ainsi que de' Sémira; Adieu, mes amis.
Arrête, digne objet ^ de mon amour; je ne puis consentir à ce que tu ailles affronter la foudre avec d'aussi faibles armes. Fuyons le malheur tandis qu'il en est encore temps. 0 père che'ri ! ô toi la plus tendre des mères, abandonnons pour toujours le Pérou à ses destinées ! C'est dans le royaume d'Oscar que la nature nous offre un doux asile. La vie de mon amant a bien plus de valeur que l'empire des Incas, destiné par la main céleste aux fils de rOrient.
ATABALIPA.
Que tout se prépare. Allons nous réfugier dans ces montagnes escarpées : en emmenant une épouse chérie et mes enfans , j'emporte tout ce qu'il y a de précieux pour moi ; et je ne regrette point de perdre un trône esclave du destin.
OSCAR
Oui, partez, si vous le désirez; moi seul je dois marcher sur le champ de bataille où m'appellent l'honneur et le devoir : mes amis m'y attendent, et je ne puis déjà plus refuser de combattre sans me souiller de bassesse et d'ignominie." Voudrais-tu, Sémira, accepter^ une faible main qui tremblerait de crainte? pourraisitu aimer un homme, qui,, évitant le défi, se cacherait comme une femme li-