SCÈNE VIIL
SÉMIRA, ALMAGRO.
ALMAGRO
Permettez-moi, madame, d'interrompre vos méditations. Je sais que la vue d'un Espagnol excite dans vos regards l'horreur et la confusion : éloignez cependant ces idées que la crainte la plus juste vous a fait adopter. Sachez qu'il y a des hommes parmi nous qui abhorrent les perverses menées des tyrans , et qui désirent sauver les affligées des mains de leurs oppresseurs. Écoutez avec tranquillité mes discours , et confiez-vous dans l'honneur d'Almagro, qui déteste le vil Pîzarre.
SÉMIRA, à part.
Une nouvelle trahison se prépare. ( Ifaut. ) Que prétendez-vous dire, en m'annonçant une bonté que démentent les faits.
ALMA(ÏRO.
Vous verrez comme,, en suivant les nobles mou-
vemens que je veux faire naître dans votre âme , les affaires politiques de votre patrie vont prendre une face plus favorable. Si mon caractère , qui abhorre de semblables horreurs , n'avait mille fois réprimé les sanguinaires désirs de ce monstre , le Pérou aurait déjà offert la scène de sa destruction. J'ai un pouvoir égal au sien sur les troupes ; mais le détestable Pizarre, tourmenté par son génie insatiable et destructeur , et par la soif de ces riches métaux dont votre terre abonde , mine peu à peu mon pouvoir, afin de tout envahir, en accordant aux soldats, pour gagner leur affection , plus de licence que n'en permettent la loi ainsi que l'ordre. J'ai horreur de la trahison; j'aime ces peuples, en qui je ne vois briller que la simple nature. Déjà fatigué des climats étrangers , des mers en courroux , je veux aller me reposer dans ma patrie ,. de tant de fatigues. Mon souverain, qui brille comme le soleil, qui possède toutes les vertus au plus haut degré, ajoutant une extrême confiance à mon récit, contractant avec cet empire l'alliance la plus avanr tageuse , on verra arriver ici de tous côtés les utiles productions de l'Europe ; l'industrie apportera à vos peuples toutes les douceurs de la vie. Soyez, belle Sémira , l'instrument de si hautes félicités ; vous êtes la seule qui pouvez ramener un temps serein sur cet empire, dont l'horizon est obscurci.
SEMIRA.
Je serais la plus heureuse des femmes , si je pouvais éloigner de noires disgrâces en sauvant ma patrie. De'clarez-vous ; ne me laissez pas me tour-